Dans un ouvrage « Dieu, les affaires et nous », l’académicien Jean D’Ormesson nous présente un livre lumineux qui mérite d’être lu. Tout le monde connait Jean D’Ormesson pour sa vivacité d’esprit, sa forte intelligence, son regard malicieux, moqueur, insolent et complice. L’ouvrage de Jean D’Ormesson est une vaste fresque de la société et de la République françaises. D’Ormesson regarde la société française avec les yeux d’un entomologiste.  Il connait tous les Présidents de la Vième République, leurs défauts et leurs intelligences. Il admire l’éloquence d’un Mitterrand, situé à gauche alors que lui est de droite, une droite catholique car il ne renie pas ses origines et celles de la France. Il voit en Hollande un homme intelligent et agréable (même si celui-ci est attaqué pour son incapacité en matière de gouvernance), et en Sarkozy un ancien Président de la République avec lequel la société française a été injuste.

 

Dirigeant du Figaro pendant de nombreuses années, D’Ormesson estime que la France est un pays à la fois réformable et irréformable. Ce double paradoxe tient essentiellement au discours des gouvernants qui n’ont pas le courage de dire la vérité aux Français, alors que des figures historiques, comme Churchill et De Gaulle, ont pris leurs responsabilités en disant la vérité en 1940. La #Démocratie est de loin le meilleur des régimes. Pour Jean D’Ormesson, le peuple a raison mais il peut se tromper car la voix du peuple, si démocratique soit-elle, n’est pas toujours celle qu’il faut écouter pour expliquer le monde. Pourquoi a-t-on reculé devant Hitler et pourquoi a-t-on pensé qu’il n’irait pas jusqu’au bout de sa folle aventure suicidaire ?

 

D’Ormeson nous donne une leçon de vie politique. Pour lui, ne pas s’engager en politique de façon active lui permet de montrer les hérésies de la vie politique car faire de la politique consiste à dire « j’ai raison, les autres ont tort », alors que, dans la réalité, les situations sont très complexes et que trancher en faveur d’un camp ou d’un autre n’a pas beaucoup de sens dans la mesure où D’Ormesson, en tant qu’homme de droite, inscrit sa vie sur trois convictions : l’égalité, le progrès et l’amélioration de la condition sociale du plus grand nombre, ce sont des convictions qui peuvent être véhiculées par un homme de gauche qu’il n’est pas. La séparation idéologique, dont la France est coutumière pour des questions de positionnement, doit être revisitée à l’aune des réalités complexes de la vie sociale des Français.

 

D’Ormeson analyse et explique le pouvoir qu’il n’aime pas beaucoup car celui-ci repose avant tout sur de la matérialité, sur des excès de démonstration en matière de cortèges, de voitures officielles. D’Ormeson est ainsi fait, il respecte le prestige de l’Etat car il pense que l’Etat rend des services importants dans les domaines de l’enseignement, de la justice ou de la politique. Il va plus loin et estime que la France ne peut exister que dans une Europe unie, mais débarrassée de ses mauvaises scories que sont l’hypocrisie ou les décisions mal comprises. A la différence de l’Allemagne qui apporte sa puissance économique et commerciale à l’Europe, la France est le pays des Droits de l’Homme, le pays de Hugo, Voltaire, Montesquieu penseurs à la fois de l’Europe et de la démocratie. L’Allemagne, c’est aussi le pays des Droits de l’Homme, Nietzsche en moins.  

 

Tous les intellectuels et politiques français doivent lire et méditer l’ouvrage de D’Ormesson qui s’affiche comme homme de droite, mais non sectaire et respectant des hommes de gauche. C'est ce qui manque peut-être à la France pour se réconcilier avec elle-même et éviter des jérémiades et la somnolence de la pensée. Ainsi va D’Ormesson, jeune homme alerte de la pensée de 90 ans, qui estime que les lignes de séparation droite/gauche sont des lignes de débat. On peut être un intellectuel (ce qu’il refuse d’être) de droite comme de gauche, mais on n’est pas penseur du social et de la République comme D’Ormesson. #François Hollande #Nicolas Sarkozy