Dans un ouvrage qui mérite d’être lu, paru aux éditions Bourin, « Valls, Macron : le socialisme de l’excellence à la française, pour un manifeste Feuillant », Jean-Marc Daniel économiste polytechnicien à l’Ecole des Mines, livre une réflexion assez intéressante sur le patronat français et sur son approche des affaires et des salariés. Dans son ouvrage fort documenté, car le professeur Jean-Marc Daniel est un économiste historien, il met en perspective l’attitude du patronat français vis-à-vis du travail. Le concept Feuillant est un terme  apparu en 1791 au moment où la gauche s’est divisée sur la question de la destitution du Roi. Les Feuillants rassemblaient les tenants d’une Gauche moderniste et réformatrice. Leur programme était articulé autour de la liberté économique, égalité des droits et pas des conditions, et l’arrêt des discours en direction du peuple. On a ici une petite lecture de ce qu’est le socialisme réel. C’est un débat à ouvrir sur ce qu’est le socialisme « hollandais ».

 

Pour le professeur, le patronat français est conservateur et antilibéral. Il préfère les aides, la baisse des charges, alors que la solution dans un monde dominé par le marché et la concurrence doit être : la recherche de l’investissement et l’augmentation de la productivité du travail grâce aux nouvelles compétences. Le Professeur estime qu’il faut raisonner en termes de qualité de la main d’œuvre, alors qu’en France c’est l’inverse qui se produit: on privilégie la quantité. La préférence pour la quantité en matière de main d’œuvre conduit à privilégier une fausse baisse quantitative du chômage avec les emplois aidés, l’apprentissage limité dans le temps et la valorisation des stratégies pour les temps de formation et les temps de chômage qui finissent par devenir les mêmes.

 

Les patrons français sont dans une logique de conservation de l’existant et d’abaissement des moins favorisés, essentiellement des salariés. Le Professeur Jean-Marc Daniel oppose la stratégie de mobication qui consiste à valoriser la mobilité et l’éducation, à celle de flexisécurité qui insiste plus la baisse des coûts, les possibilités de licenciement. La mobication valorise les compétences et une façon d’être dans un monde qui change, tout ce dont à horreur le patronat français qui préfère l’entre-soi, le marché national et éventuellement l’Europe et le monde. Les grandes entreprises ont choisi le grand large alors que les PME ne sont pas toujours armées face au marché et à la concurrence mondiale. Le problème pour le patronat français doit être étudié en s’appuyant sur les difficultés des entreprises françaises pour innover, trouver de nouveaux produits et s’adapter aux nouvelles règles de la concurrence mondiale.

 

La Gauche est-elle capable de relever le défi ? Je ne le pense pas. Dans un papier ancien sur Blastingnews je m’étais interrogé à haute voix sur les capacités de Valls et de Macron de contribuer à un Bad-Godesberg à la Française. Ma question était juste comme vient de le montrer le récent ouvrage du Professeur Jean-Marc Daniel. En revanche, ni Valls, ni Macron n’ont la densité politique pour renverser la table et opter pour un chemin typiquement libéral qui valorise le marché et la concurrence à cause d’une Gauche frondeuse, conservatrice comme le sont les patrons à Droite. Il reste à la Droite et au Centre français une fois revenus aux affaires de réfléchir sur la stratégie de mobication évoquée par le Professeur Jean-Marc Daniel et d’inscrire la société française dans le chemin de la transformation grâce au marché et à la concurrence, tout en réfléchissant à la dose du social maitrisé à introduire dans cette transformation. #Union Européenne #François Hollande #Gouvernement