Entrer en Résistance

 

Je me souviens d'un samedi 10 Octobre où, face à des barrières empêchant la manifestation d'aller trop près de la rue de Grenelle, les militants du SNALC entonnèrent un chant que nos grands-pères avaient fièrement chanté en faisant acte de résistance : Le Chant des Partisans. D'aucuns pouvaient penser la référence grandiloquente. Lutter contre une réforme n'a rien d'un engagement aussi fort que la lutte contre un occupant sanguinaire. Il eût même été possible de trouver ce chant, un 10 Octobre 2015, déplacé.

 

Une Forme d'Oppression plus Insidieuse

 

Pourtant, aujourd'hui, près d'un an après cette manifestation qui reste pour nombre d'entre nous une sorte d'acte fondateur, on découvre une répression - n'ayons pas peur des mots - une oppression discrète, diffuse, ne touchant que quelques personnes, mais très révélatrice d'un climat qui s'installe au sein de l'#Education Nationale. Face à l'absence de dialogue avec notre Ministère, le SNALC, pour la deuxième année consécutive, appelait à une #Grève des surveillances pour les examens. Il avait à cet effet déposé un préavis afin que les collègues qui le souhaitaient puissent exercer leur droit garanti par notre Constitution. Cette grève fut plus ou moins suivie selon les académies.

 

Un Coup Porté en Deux Temps

 

Or, pour avoir exercé leur droit de grève, des collègues se retrouvent en difficulté. Oh, rien de bien grave, juste ce qu'il faut pour installer une tension, une peur. Dans un premier temps, les collègues - notamment ceux qui ont suivi le mot d'ordre du SNALC en 2016 comme en 2015 - ont été convoqués par leurs chefs d'établissement. Comment osaient-ils ? Ils contrevenaient à leur mission d'enseignants, de fonctionnaires. Moment difficile à vivre pour des collègues dont le seul méfait est de vouloir ce qui est le mieux pour leurs élèves - et de considérer que la Réforme qui entre en vigueur à la rentrée va à l'encontre de ce principe. Difficile car ces collègues sont forcément très impliqués dans cette mission qu'ils ont le sentiment d'accomplir de leur mieux.

 

Mais après ce premier coup, qui a fait naître une certaine inquiétude chez nos collègues, est arrivée la deuxième lame: une lettre émanant des services rectoraux afin des les rappeler à leurs obligations. Le coup de grâce en somme. Juste au moment des vacances. Les collègues désormais sont plus qu'inquiets quant à la suite de leur carrière. Quid de leurs appréciations ? De leur avancement ?

 

Un Fonctionnaire, ça Fonctionne et ça...

 

Que doit-on comprendre ? S'agit-il simplement d'un incident local ou est-ce une directive nationale ? Toujours est-il que le message est clair. Les grèves des enseignants sont pleinement autorisées, tant qu'elles ont lieu durant l'année, permettent d'enlever un trentième - déjà intégré dans le budget prévisionnel du Ministère - et donnent lieu à des manifestation entre une préfecture et un rectorat (bref tant qu'elles ne dérangent personne si ce n'est quelques pigeons).

 

Bref, ils ont le droit de s'exprimer tant qu'ils ne se font entendre de personne. Ils ne doivent en aucun cas lancer un mouvement qui pourrait être perturbateur. Au moins, les militaires savent à quoi s'en tenir lorsqu'ils paraphent leur contrat. Qu'ils soient gendarmes, fantassins, marins , ils entrent dans la Grande Muette. Ils portent un uniforme et doivent saluer leurs supérieurs en se mettant au garde-à-vous. Comment doit-on nommer l'Education Nationale dès lors ? La petite aphone ? Peut-être la Grande Tartuffe ? Les collègues ont des droits, mais qu'en est-il lorsqu'ils sont seuls dans le bureau de leur chef d'établissement, seuls face à une lettre de leur hiérarchie, seuls devant leur avis de notation ?

 

Pour nous, un fonctionnaire, ça fonctionne mais ça a le droit de l'ouvrir. Les enseignants ont passé des concours et sont qualifiés pour exercer un métier qu'ils aiment. Si on ne leur permet plus d'accomplir leur mission correctement, ils doivent le faire savoir. Et le SNALC défendra leurs droits. #Ecole