Michel Rocard vient de nous quitter, vive Michel Rocard et acclamons le gestionnaire politique, l’intellectuel technocrate, le réformateur social (création du RMI et de la CSG) et surtout l’homme d’Etat et de #Gouvernement qui a su, après de nombreuses batailles contre François Mitterrand, apporter une réflexion et une ouverture de la gauche à la modernité. D’ailleurs Mitterrand s’en est inspiré pour promouvoir la modernisation de la société française (radios libres).

 

Dans les années 1970, Rocard est le fondateur du Parti Socialiste Unifié (PSU) qui constitue un ensemble non homogène de militants socialistes, communistes, anarchistes qui voulaient s’émanciper du poids d’une société étouffante, post soixante-huitarde. C’est dans cette direction qu’il faut lire les réformes et la vocation sociale de Michel Rocard. De religion protestante et non catholique, il n’aimait pas beaucoup la compromission et encore moins l’ambiguïté des situations, ce dont se repaissait son adversaire à Gauche, François Mitterrand catholique et plus florentin dans la gestion du pouvoir.

 

Rocard estimait que réformes économiques et réformes sociales devaient aller de pair. Avant sa mort, il avait expliqué que la loi El Khomri devait être discutée à trois, le MEDEF, l’Etat et les syndicats. En imposant sa méthode, l’Etat donne raison à Rocard car les deux autres partenaires, MEDEF et syndicats, contestent une partie de la loi. Rocard, c’était aussi une certaine conception de l’Etat, la rigueur, la méthode ; et l’Inspecteur des Finances qu’il était, ami de Jacques Chirac, était partisan d’un libéralisme social éclairé, il valorisait le marché et les entreprises et militait pour une décentralisation du pouvoir et de l’Etat. Sous cet aspect un certain nombre de ses héritiers politiques sont plus pour une centralisation de l’Etat, voire une caporalisation au niveau des partis politiques.

 

Plébiscité par les habitants de Conflans Saint Honorine, ville dont il était le Maire, Rocard a rejoint le #PS en 1974 et n’a pu être candidat à la présidence de la République en 1981 et en 1988 parce que François Mitterrand l’en empêchait.  Rocard est un spécialiste de la négociation, il a mis fin au chaos politique en Nouvelle Calédonie grâce à la négociation entreprise avec Tjibaou (indépendantiste) et Lafleur (anti-indépendantiste).

 

Avant sa mort, Rocard a conduit une mission sur le réchauffement climatique et l’environnement, car c’était cela aussi Michel Rocard, passionné de voile, de mer et des océans. Que la Gauche française qui n’a pas de projet ni social, ni économique, médite les leçons et les pratiques de Michel Rocard. La mutation intellectuelle de la Gauche de gouvernement de Hollande est déjà dans les tuyaux, car celle-ci parle volontiers d’entreprise, de marché, de libéralisme mais elle a beaucoup de mal néanmoins à articuler réformes économiques et identités sociales plurielles en France. Le thème de l’identité sera au cœur de l’élection présidentielle en 2017 et pour la Droite il n’y a pas d’ambiguïté : il y a une identité française et républicaine, laïque, même si la société, sur le plan sociologique, fait émerger des identités communautaristes qui souvent entrent en contradiction avec l’identité républicaine.

 

La Gauche est-elle capable de se sortir de ce débat complexe et piégeux sans y laisser des plumes politiques ? Rocard avait montré la voie en Nouvelle Calédonie, le contexte politique en France a changé. Hollande et la Gauche de gouvernement sauront-ils choisir la méthode Rocard pour piloter une France plus moderne, plus ou moins européenne, mais surtout très anxieuse et prête à se refermer vis-à-vis du monde malgré les apparences ?

 

N’oublions pas un autre humaniste qui vient de nous quitter : Elie Wiesel. Qu’il repose en paix et que son œuvre continue de construire le monde. #François Hollande