Les hommes politiques sont la carte, les peuples sont le territoire.

Les hommes politiques souffrent pour le moins d'un manque de confiance de leurs peuples. C'est à ce manque de confiance que l'on attribue la montée des populismes, des complotismes, des terrorismes ainsi que de tous les "exit" tentés ou réussis et fort à la mode en ce moment.

 

Pour filer la métaphore célèbre de Jorge Luis Borges dans l'Ecclésiaste, les hommes politiques sont une carte qui en voulant coller parfaitement au territoire que constitue les peuples - pour satisfaire leurs besoins électifs - l'auraient totalement recouvert jusqu'à le phagocyter. De là, tous les maux dont seraient victime les peuples, dans l'ombre oppressante des politiques manipulateurs. Il en est ainsi de l'Europe qui recouvrirait de ses directives des peuples auparavant libres.

 

Le #Brexit nous rappelle que la politique n'est pas encore tout à fait inutile !

Que cette vue de l'esprit soit une fable ou qu'elle soit au contraire la parfaite illustration d'un monde où le simulacre fait office de vérité, il n'en reste pas moins que la petite claque du Brexit à la face de l'Europe la secoue un peu.

 

Si il est affolant de constater que des hommes comme Boris Johnson n'avaient absolument pas prévu de remporter ce référendum, indiquant par là leur croyance profonde en une politique jouée d'avance, où les peuples réagissent exactement comme il est prévu qu'ils réagissent (dans le cas qui nous concerne, en restant, bien sûr, dans l'Europe), il est néanmoins tout à fait rassurant de constater aussi que les peuples sont encore doués d'une capacité de réaction - que le monde politico-économique n'est pas inéluctablement voué à un bipartisme éternel confinant finalement à l'oligarchie.

 

Si une gifle peut réveiller un mort, elle ne suffit pas toujours à calmer un garnement...

Car bien sûr cette gifle ne change rien, ou si peu. Quelle que soit la façon dont on aborde le problème, il est résolu. L'Angleterre est riche, elle peut payer son départ car tout comme l'Occident ne laisse pas tomber ses banques, quand bien même elles feraient n'importe quoi, l'Europe ne laissera pas tomber sa City. Too big to fail...

 

Par ailleurs, l'Angleterre est l'Alliée libérale de l'#Allemagne. Qui sinon l'Angleterre peut encore justifier en Europe les politiques d'austérité qui sapent les classes moyennes tout en méprisant la redistribution vers les plus faibles ? D'ailleurs, #Angela Merkel ne s'y trompe pas, elle calme bien vite les velléités gauchistes d'un Hollande qui voudrait oublier l'Angleterre, alors même qu'il mène une politique qui fleure bon le monde Anglo-saxon. Bipolarité, quand tu nous tiens.

 

Enfin l'Angleterre a le temps, le temps de changer l'avis du peuple, de changer les hommes politiques qui la représentent chez elle comme ailleurs. Car elle n'a rien fait qu'un sondage. Toutes les cartes sont toujours dans sa main et l'agitation politique de l'Europe peut prêter à sourire quand on sait les forces économiques en jeu. Tous les territoires sont toujours sous la même "main invisible"...

 

L'Angleterre n'est pas la Grèce, un peuple riche peut encore s'exprimer. C'est un petit espoir.

C'est mieux que rien. C'est une forme de suffrage censitaire à l'Européenne. Après tout, les révolutions anglaise et française étaient avant tout bourgeoises. Si tu es pauvre tu seras calmé, si tu es riche tu seras écouté, tu affoleras, tu modifieras même quelques textes secondaires. Bref tu auras encore une possibilité d'action. Tu pourras même servir d'exemple, ouvrir une voie, offrir un espoir de changement à ceux qui veulent changer, de tous bords, extrême gauche, extrême droite et autres populismes intermédiaires.

 

Bref, à la politique tu offriras un chant tantôt patriote, tantôt révolutionnaire. Tant que ce n'est pas le chant du cygne, il reste un espoir.