Né dans un quartier populaire stambouliote, et devenu aujourd'hui un puissant chef d'État, Erdogan embrasse un destin qui ressemble à un conte de fées. La figure du leader islamiste est, à plusieurs égards, fort intrigante ! Il ne cessait, depuis quelques années, de marquer l'histoire contemporaine de la #Turquie tout en jouant un rôle clé dans le Moyen-Orient ses environs, et même sur la scène internationale.

Erdogan le funambule

Depuis son accession au pouvoir, Erdogan ne cessait de surprendre les observateurs avec ses dons de funambule. Cela vaut pour la gestion des affaires intérieures comme pour celle des affaires étrangères.  

Il sait se montrer ouvert et compréhensif sans pour autant traduire les bonnes intentions en actes tangibles. Sa gestion de la question kurde en est un bel exemple. De même, il s'ingénie à présenter son pays comme modèle de #Démocratie en Moyen-Orient alors que des dizaines de journalistes turcs croupissent dans les prisons.

La politique étrangère d'Erdogan n'est guère différente : présenter ses condoléances aux parents des victimes arméniens sans reconnaître le génocide ; négocier l'adhésion à l'Union Européenne tout en voulant être le leader du monde musulman ; combattre Daech et chouchouter beaucoup d'autres mouvements djihadistes (notamment en Syrie) ; s'allier à Israël tout en soutenant Hamas, etc.

Good bye Atatürk?

En bon stratège, patient et tenace, le président turc œuvre depuis des années pour la liquidation de l'héritage de Kemal Atatürk. Il savait bien que faire les choses précipitamment pouvait tout gâcher et avoir un effet inverse. Il faut commencer par les gardiens du temple laïc : l'armée. De nombreuses arrestations et condamnations ont touché des militaires actifs et retraités durant les dernières années. Des petits coups de filet quasi réguliers pour mettre en garde l'armée turque et la dissuader de toute tentative de putsch. Il fallait attendre la tentative avortée du 15 juillet 2016 pour que les choses virent à la chasse aux sorcières. Des milliers d'arrestations et de limogeages au sein de l'armée, la police et beaucoup d'autres secteurs ont été constatés.

Fort de la majorité parlementaire qu'il détient, Erdogan ne cache plus ses ambitions. Il a souvent exprimé sa volonté d'amender la constitution turque pour instaurer un régime présidentiel. Le chef d'État se considère comme l'héritier de l'empire ottoman et non pas celui du mouvement kémaliste. Son appétit est désormais sans limite. Sommes-nous en train d'assister à la naissance d'un sultan néo-ottoman?

Erdogan ou ce qui ne me tue pas me rend plus fort

Ainsi semblait parler Erdogan après avoir annihilé la récente tentative de putsch militaire. Il a réussi à en tirer profit en faisant d'une pierre mille coups : neutraliser l'armée, écarter les adeptes du chef spirituel Fethullah Gülen, stigmatiser l'opposition, se présenter comme le sauveur de la démocratie, etc. La voie est-elle désormais libre ? Tout pousse à croire que c'est le cas, mais il est encore trop tôt pour donner une réponse définitive.

Le pays vit pour l'instant un traumatisme car la fracture est réelle. L'arbitraire qui semble constituer le quotidien des Turcs depuis quelques jours peut créer de nouvelles tensions dans une nation qui en connaît déjà beaucoup (la question kurde, le #Terrorisme, les conflits dans les pays voisins, etc..).