Je ne me mettrais pas la chambre syndicale des coiffeurs à dos, tels mes consœurs et confrères évoquant "le boucher de Lyon" (Klaus Barbie) s’étaient vus poursuivis par les bouchers-charcutiers. Et puis, entre un artiste capilliculteur (généralement un "diminue-tifs") et un implantologue, interdit d’exercer par l’ordre des médecins, il y a plus de l’épaisseur d’un cheveu. Comme tout journaliste un tant soit peu curieux – c’est le moindre requis – j’avais suivi au jour le jour, voire d’un quart d’heure à l’autre, l’affaire Cahuzac. Respectant la présomption d’innocence mais connaissant un peu l’équipe de Médiapart, et ne doutant pas qu’ils produiraient, au moment commercial opportun, de sérieuses billes. Et puis, au sujet d’une affaire extrêmement complexe mettant en cause d’anciens ministres de l’Intérieur et une femme d’affaires américaine, j’avais été reçu, en son bureau de l’Assemblée, par l’ex-président de la commission des Finances. Je fus, pour le moins, impressionné, voire subjugué. Grand monsieur, remarquable aisance alliée à une forte concision ; il émanait la compétence, le sérieux, etc. Mais Cahuzac enterra le dossier...

 

Une formidable force de conviction

C’est d’ailleurs pourquoi je pense avoir compris les réactions de ses collègues du gouvernement Ayrault (et de la présidence) : Cahuzac en imposait, surtout s’il vous fixe "les yeux dans les yeux". Mais là, sans doute gratuitement, et sans me prononcer sur le fond, je me demande s’il parviendra à convaincre des magistrats de sa bonne foi. Il en a trop fait. Vachards, deux journalistes du Figaro ont recensé un florilège des "cinq phrases de #Jérôme Cahuzac devenues culte". Ils ont oublié qu’il a estimé "j’aurais dû répondre non" quand on lui a offert le portefeuille du budget car "rien ne serait sorti, le temps que je trouve enfin une solution pour me débarrasser de cette saleté de compte". Comme si cela aurait assurément pu suffire (depuis, diverses fuites, les Panama Papers, sont remontés assez loin dans le temps). Le voici donc devant ses juges évoquant l’ouverture de son premier compte en Suisse, en 1992, pour contribuer "au financement d’activités politiques". Activités de… Michel Rocard. Leurs épouses respectives étaient au courant ? "Je ne crois pas que cela nuira à son héritage politique", a-t-il poursuivi avant d’indiquer qu’on lui avait intimé de se taire jusqu’à nouvel ordre qui n’arriva pas. Une seule personne (Madame Cahuzac, qui était son adjointe en sa clinique ?) fut mise par lui-même au courant. L’argent ne serait pas parvenu de leurs activités, mais de versements occultes de labos pharmaceutiques. Michel Rocard, bien sûr ignorait tout. Cela pose un léger problème de chronologie.

 

Chronologie insolite

Que fait le Rocard débarqué, en Mai 1991, de Matignon ? Il redevient maire de Conflans-Sainte-Honorine, un temps sénateur cumulard, puis député européen (assuré pratiquement d’être élu). Il faut donc croire que cela aurait sous l’amicale pression de ses amis qu’il aurait envisagé de remonter une formation politique le hissant vers des sièges et fonctions de plus haut niveau. Et qui ces amis vont-t-ils taper : Cahuzac. Et comment donc le laboratoire Pfizer aurait-il cru que Rocard allait pouvoir lui arranger des coups ? Le compte est ouvert en 1992 on ne sait trop pourquoi, les versements occultes de Pfizer arrivent en 1993. C’était pour obtenir un marché local à Conflans ? En prévision d’interventions, à partir de juillet 1994, au Parlement européen ? Au bureau national du PS ? Peut-être au comité de l’association pour le droit de mourir dans la dignité ou à celui de soutien à l’association Primo Levi (soutien aux victimes de tortures et de la violence politique) ? On comprendra que je reste dubitatif et pince-sans-rire (en me mordant les joues). Que celle ou celui, proche ou éloigné de Cahuzac, croyait en un retour fracassant de Rocard au premier plan de la scène politique, lève la main. #fraude fiscale #Justice