On le sait, Anne Hidalgo devra encore attendre pour fusionner les quatre arrondissements centraux de Paris : le projet, estimé viable et équitable (électoralement, la droite pourrait gagner un poste de conseiller), a été retoqué par Matignon : trop sensible. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, veut faire disparaître nombre des 335 arrondissements de province au profit des intercommunalités. À Fontenay-le-Comte (Vendée), il n’a pas évoqué le cas de Paris.

Intercommunalités : satisfaits, ou déçus

En janvier prochain, un coup de frein sera donné à la création d’intercommunalités. Il faudra regrouper des communes totalisant 15 000 h au moins (contre 5 000 à présent). Depuis début 2014, année où l’on comptait près de 12 200 intercommunalités, le mouvement de regroupement s’est poursuivi, avec des fusions de communes, de nouvelles structures. Ce qui fait des heureux, par exemple des maires de petites communes débordés par leurs tâches, et des mécontents. Ainsi, à Montjean (49). Le préfet du Maine-&-Loire a contraint la commune de se joindre à l’ensemble des Mauges. Mais alors que les finances de Montjean sont équilibrées, nombre de communes parmi les 17 sont fortement endettées. Et les travaux nouveaux vont bon train : on a préféré créer de nouveaux locaux pour l’intercommunalité plutôt que d’agrandir ou aménager l’un des existants s’y prêtant. Le département a aussi vu naître 25 communes nouvelles, en regroupant 133 (37 % : 250 contre 358 auparavant). Dans ces conditions, reproduites en maints départements, que faire des 335 arrondissements que compte encore la France ? Soit autant de préfectures (qui subsisteront) et de sous-préfectures. Le ministre a promis que la réforme, qui touchera 72 départements, et réduira le nombre des arrondissements à 249, « ne sera pas le Grand Soir des sous-préfectures ». Avant les présidentielles, certes, par la suite, on se permettra d’en douter…

Les sous-préfets aux champs

La nouvelle d’Alphonse Daudet, Le Sous-Préfet aux champs, est d'actualité. Depuis le pénultième siècle, remembrements et extensions des cultures, puis désindustrialisation, ont réduit l’importance économique de nombreux arrondissements. Leurs populations ont migré. Le sous-préfet peut musarder aux champs. Découvrant Sainte-Menehould, « capitale du pied-de-cochon », localité qui se dépeuple, dont l’arrondissement compte moins de 50 000 h, j’avais été surpris d’y trouver une sous-préfecture. L'activité, depuis 2013, est réduite : les guichets n’ouvrent que le matin. Et que dire de celle de Lure (Haute-Saône), « patrie du Sapeur Camember », centre de la communauté du Pays de Lure, chef-lieu de deux cantons ?  Elle délivre encore des cartes grises… La réforme consiste à calquer les limites des arrondissements sur celles des intercommunalités (regroupant parfois des structures à cheval sur deux arrondissements). Certains arrondissements pourront être fusionnés. Une sous-préfecture en moins ? Au profit d’une autre ou de la préfecture ? Certaines pourraient perdre leur statut mais préserver des fonctions de service public. La réforme « n’est pas une ablation du service public », a souligné #Bernard Cazeneuve. Certaines, comme celle de Villefranche-de-Rouergue, sont déjà devenues « Maison d’État » (regroupant aussi la CPAM et un service de la Direction départementale des territoires, et accueillant des permanences). Le sous-préfet reste en place, mais, au-delà de 2017, allez savoir. On se souvient qu’à peine installée, la Garde des Sceaux, Rachida Dati, avait mené tambour battant sa réforme de la carte judiciaire. Et depuis longtemps, des hôpitaux et maternités ferment les uns après les autres dans de petites localités. Les assurances du ministre seront donc très certainement mises en doute. Seront-elles reprises par son successeur ? Au cours du quinquennat Sarkozy, des succursales de la Banque de France avaient permis de juteuses opérations immobilières (au profit du Carlyle Group). Réaménager, construire, c'est bon pour le BTP.  #Aménagement du territoire #Réforme administrative