Il n’y a plus que « la grande muette » (l’armée française) à se retenir de critiquer l’intervention en #Libye de 2011, et à ne pas camper Nicolas Sarkozy en « agité de la gâchette ». Rappelez-vous : dans The Atlantic, le 10 mars dernier, Obama déclare que Sarkozy « voulait claironner ses succès dans la campagne aérienne » et que, lui, en avait tiré les conséquences au moment d’engager les États-Unis frontalement contre le régime de Bachar al-Assad. Obama s’est dit « fier » d’avoir gardé son sang-froid sans rechercher l’éphémère popularité d’un va-t’en-guerre. Voilà qu’à son tour Cameron est vivement critiqué, par nuls autres que Lord Richards, son ex-chef d’état-major, et l’ancien directeur du MI6 (Secret Intelligence Service). Cela ne peut que fragiliser la candidature de Sarkory pour les primaires, et au-delà, s’il les emporte.

Sarkozy a-t-il joué avec le feu ?

Est-ce pour « sauver le soldat Sarkozy », depuis soupçonné d’avoir éliminé Mouammar Kadhafi pour faire oublier de présumés financements occultes, qu’Obama et Cameron ont appuyé l’intervention aérienne française, d’abord sur Benghazi, puis à travers toute la Libye ? Tout pilote de chasse admet qu’un seul passage au-dessus du convoi de Kadhafi – comme cela a été officiellement soutenu – ne pouvait suffire à provoquer ce qui s’ensuivit le 20 octobre 2011. Mais au départ, sans l’appui américain et britannique, la chasse française aurait pu enregistrer un fiasco si les défenses aériennes n’avaient été détruites avant l’après-midi du 19 mars. Une commission parlementaire britannique vient à présent révéler que Cameron avait été avisé par son chef d’état-major interarmes de l’époque, Lord Richards, et le directeur du MI6 (ou SIS, renseignement extérieur), John Sawers, de se livrer à « une analyse rigoureuse » avant de contribuer à un changement de régime en Libye. Tout comme la France, le Royaume-Uni n’a pas su mesurer les conséquences prévisibles. Les parlementaires de la commission, conservateurs, travaillistes ou libéraux, considèrent que l’intervention n’a été accompagnée d’aucun plan stratégique pour envisager correctement la suite de la chute du régime. On la constate : deux gouvernements antagonistes, des factions contrôlant de vastes zones, l’implantation de #Daesh, ainsi qu’une très faible visibilité quant aux perspectives, même à court terme. Le rapport insiste sur le risque de déployer à présent des troupes britanniques au sol. Crispin Blunt, député conservateur et rapporteur de la commission a remémoré que la progression des troupes du régime vers Benghazi avait été assurée en 24 heures, mais qu’ensuite Cameron et Sarkozy avaient poussé à l’effondrement du pays, pour des raisons « opportunistes ». En clair, pour se faire mousser. Cameron a préféré ne pas rétorquer et abandonner son siège de membre des Commons lundi dernier.

Bâton souillé

Le rapport britannique évoque le rôle de Sarkozy. Alain Juppé, qui a déjà déclaré début février dernier que la résultante est « un fiasco et un chaos », et estimé que seule « une solution politique » est envisageable, pourrait en tirer profit. Il est estimé que Sarkozy était motivé par la volonté de restaurer l’influence française au Maghreb et « d’améliorer sa situation politique en France ».  « Un intérêt personnel », est-il souligné. Sarkozy va-t-il tenter de refiler le bâton aux Saoudiens, qui poussaient aussi à l'élimination de Kadhafi ? Le rapporteur Crispin Blunt a sans ménagement indiqué : « nous avons été entraînés à intervenir par l'enthousiasme des Français ». De quels Français ? MIchèle Alliot-Marie, ministre de la Défense ? Elle assure à présent avoir alerté Sarkozy de la nécessité « mettre en place par la suite quelque chose de solide ». Mais c'était comme pour Bygmalion et le dépassement des dépenses de campagne : on fonce, on réfléchit ensuite. Sarkozy se borne à dire : « je regrette que depuis 2012 on ait laissé complètement tomber la Libye ». Peut-être fallait-il faire voter des provisions avant d'être battu. #Nicolas Sarkozy