En campagne dans les Bouches-du-Rhône, François Fillon s’est rendu à Mas-Thibert (Camargue) pour déjeuner chez Mohamed Boualam, représentant national des #harkis. Il a exprimé tout le bien qu’il pensait d’eux. Il faut se rappeler que les harkis avaient annoncé qu’ils auraient un candidat aux présidentielles (lors du rassemblement d’Agen en mai dernier). Hervé Gaymard, coordonnateur de la campagne d’Alain Juppé, avait aussi fait un appel du pied aux harkis. Du coup, ce soir à Perpignan, Nicolas Sarkozy s’est aussi trouvé des ancêtre harkis, « Français musulmans morts pour notre drapeau », et des « tirailleurs musulmans ». Bref, pour les Turcos (tirailleurs algériens, ainsi nommés par les Russes lors de la guerre de Crimée), tous les candidats font le zouave…  et sifflotent les airs de la nouba (formation musicale andalouse, mais aussi clique des tirailleurs algériens).

Une assimilation désirée ?

Déjà, à Franconville, lundi, Nicolas Sarkozy avait dénoncé « une intégration qui ne marche plus » et réclamé : « nous exigerons l’assimilation ». Devenus Français, les immigrés et leurs descendants, comme Sarkozy, sont sommés d’adopter pour ancêtres « les Gaulois ». Comme cela pouvait faire peine aux descendants des Francs, le candidat s’est rattrapé à Perpignan. Nos ancêtres communs à toutes et tous sont aussi « les rois de France », donc pas vraiment Clovis, mais les rois mérovingiens. Pour faire bonne mesure, il ajoute « les Lumières, Napoléon, les grands républicains » mais aussi « les soldats de la Légion étrangère (…) les tirailleurs sénégalais » et tant et tant de « Français musulmans ». Ne fermez pas le ban, car si on le prend au mot, il faut d’une part accorder la nationalité honoraire à tous les musulmans morts sous le drapeau tricolore, d’autre part « assimiler » aussi Basques, Bretons, Normands, Savoyards (pour les Corses, Napoléon fait l’affaire), et pas mal d’autres. N’oublions pas les autres Africains, les Asiatiques (les effectifs Indochinois constituaient le tiers de l’armée française, plus qu’Africains et Nord-Africains réunis, dans l’Indochine de 1954). Reste à savoir comment assimiler le Kabyle Zidane, binational natif de Marseille, qui méprise ses compatriotes harkis… Les arrières petits-enfants des harkis et autres supplétifs (moghaznis et autres), ceux des chibanis, ceux des Juifs séfarades tunisiens ou marocains qui intégrèrent l’armée de Leclerc finiront-ils par s’entendre ? C’est, selon les cas, en bonne ou plutôt mauvaise voie : entre descendants de compagnons d’armes subsistent encore parfois quelques inimitiés. L’assimilation désirée est un vœu, mais elle ne se décrète pas. Et puis, en 2012, Sarkozy avait déjà flatté – en paroles – les harkis, mais il n’est pas sûr que leurs descendants se reconnaissent en un tel « Gaulois ».

Des gars de la Marine

Marine Le Pen n’est pas la dernière à rendre hommage à « nos compatriotes harkis ». Gilbert Collard en rajoute, Louis Aliot n’est pas en reste. François Hollande, en campagne en 2007, recevait aussi les associations de harkis (et précédemment, en 2005, le groupe socialiste avait déposé un amendement les satisfaisant… écarté par la majorité à laquelle appartenait Nicolas Sarkozy). L’actuelle majorité socialiste n’ayant pas accordé d'autres indemnisations, les associations de harkis accueillent chaleureusement les représentants de l’ex-UMP. Feu Georges Frèche savait alternativement flatter harkis et pieds-noirs, ou tenir des propos tendancieux (quand des harkis se montraient à des rassemblements de l’UMP). On oublie un peu trop que la majorité des harkis qui ne pouvaient, ou surtout ne voulaient pas s’embarquer pour la France, est restée en Algérie et que seuls ceux coupables de tortures ou viols ont été exécutés (d’autres ont péri du fait de querelles familiales ou de voisinage). L’Office national des anciens combattants verse des retraites à 60 000 Algériens bénéficiaires ; leurs descendants sont nombreux. Seraient-ils moins Gaulois ? Qu'en dit le FN ? #Présidentielle #Les Républicains