Seuls contenus du site du Canard enchaîné, les unes de l’hebdo, à peine lisibles, et en haut à droite, le Sarkoleak (« document audio : Sarko enregistré à son insu ; un micro était caché dans le Buisson »). Commentaire de feu Cabu : « la voix du Seigneur n’est plus impénétrable ». Or, la voix de Buisson, très souvent, c’était Sarkozy. Dans son La Cause du peuple, l’histoire interdite de la présidence Sarkozy (éds Perrin), Buisson roule son ex-employeur dans le goudron et les plumes, puis le lynche haut et court.

Un close-up au 12 mm

On le sait, un grand angulaire (moins de 20 mm) déforme. Mais qui mieux que Buisson pouvait s’approcher de Sarkozy muni d’un objectif macro (qui vous détaille les pores et poils du nez) ? Il y a des deux dans cette Cause du peuple, titre emprunté à celui du mensuel de feu Jean-Édern Hallier, l’autre imprécateur de la République. C’est déformé car Sarko, en tout cas si l’on en croit Carla Bruni ou Depardieu, aurait beaucoup de bons côtés. Là, vraiment aucun. Le franc-parler de Sarkozy, s’il n’est pas authentique, est brillamment pastiché (souvenez-vous de Villepin mis au croc de boucher). Chirac ? « Je n’ai jamais vu un type aussi corrompu (…) le plus détestable de tous les présidents de la Cinquième ». Fillon ? « Pauvre type (…), il n’a qu’à venir au Conseil des ministres en babouches et tapis de prière ». Le Pen père ? « S’il faut le recevoir (…) je le recevrai (…) je sais prendre mes responsabilités, moi. ». Baroin ? « Je l’ai acheté à la baisse. Trop cher (…) pour un second rôle. ». Estrosi ? « Cet abruti a une noisette dans la tête. ». DSK ? « Dégoûtant personnage… J’ai de quoi le faire exploser en vol. » Il voulait l'affronter, sortir les affaires de Lille, l'épisode du Sofitel fut prématuré. Conclusion de Buisson : « un fragile séducteur subjugué par ses conquêtes, un faux dur submergé par un état permanent de dépendance affective, une âme malheureuse ». Un enfant mal aimé qui fait des bêtises pour attirer l’attention à tout prix.

On est pareils

« Ce qui nous différencie, toi et moi, c’est qu’on est des mauvais garçons », confiait Sarkozy à Buisson, qui n’a pourtant pas hésité à fournir des argumentaires pour « la télé-présidence instantanée ». Le plus drôle, c’est que Sarkozy, qui fait des extras rétribués en Arabie et ailleurs, dénonçait un Chirac « méchant et avide » qui voulait lui faire signer un contrat avec les Saoudiens. Le pudique Nicolas s’est largement rattrapé depuis. S’il avait appelé l’ancien de Minute à ses côtés, fait grimper Geoffroy Didier (« non aux minarets, non à la burka ») et la jeune garde de la Droite forte (Didier et Peltier), ou la Droite populaire (Mariani), c’est que les valeurs de Sarkozy et des Le Pen sont identiques et seule l’expression du FN est choquante. D’ailleurs, lors d’une manif, l’ex-ministre de l’Intérieur choisit de mettre la presse au parfum d’émeutes opposant pilleurs de banlieue et manifestants « blancs » et de retenir les CRS qui n’empêcheront pas les saccages. « On laissera [les casseurs] faire leurs courses chez Darty et à Go Sport. ». De même, des incidents à la gare du Nord avaient servi la même cause...

Juppé et la Lybie

Il faudra attendre la parution du bouquin pour en savoir ou non davantage sur Alain Juppé et le plus que présumé financement de Sarkozy par Kadhafi. Les enregistrements clandestins de Buisson n’ont jamais été contestés. S’il a été désavoué, ils n’en sont pas la cause : Sarkozy sait que Marine Le Pen sera au second tour (et Sarkozy fait tout pour qu’il en soit ainsi), donc « la ligne Buisson » est poursuivie, mais sans lui. 464 pages dévastatrices. Le problème, pour les soutiens de Sarkozy à la primaire étrillés par l'ex-président (ainsi, Baroin, Estrosi), c'est qu'ils ne peuvent plus se dédire. Ils en sortent d'autan moins grandis. Sarkozy passe pour un Donald Trump juste un peu plus talentueux, aussi affairiste, aussi dénué de réels principes.  #Patrick Buisson #Élections #Nicolas Sarkozy