Lisez sur ses lèvres. Récemment, il lâchait que si les participants au vote du 20 novembre veulent économiser deux euros, il suffit de l’élire dès le premier tour. Nul besoin de repayer le 27. Il était censé ne s’adresser qu’aux entrepreneurs du mouvement Ethic, qui n’en sont pas à deux euros près. C’était le 20 dernier, à Paris. Il précisait qu’il ne s’agissait pas d’un appel du pied aux sympathisants de gauche. « Vous signez un texte dans lequel vous déclarez adhérer aux valeurs de la droite ou du centre – pas la peine de rajouter ‘’et de gauche’’, je ne suis pas arrivé à l’intégrer. ». Quel humour !

Personne n’est dupe

Le dernier sondage BVA-Presse régionale le montre. « Tout sauf Sarko » est ultra-majoritaire chez les électeurs de NKM, très net côté centristes (Modem, UDI…), et chez les CSP+ (cadres, bac+). C’est l’inverse côté Nicolas Sarkozy qui mobilise dans les rangs LR, peu parmi ceux FN, mais surtout des CSP- (bas ou très moyens revenus, bac- x années). Ce « tout sauf Sarko » prédomine à gauche, surtout chez les sympathisants PS s’intéressant à la politique, se mobilisant sans mot d’ordre, membres d’associations, relais d’opinion. Alain Juppé a de même déclaré : « j’expliquerai sans relâche que tout le monde peut venir voter les 20 et 27 novembre ». Coût : quatre euros (contre 25 £ pour réélire Jeremy Corbyn, chef de file travailliste). Pourquoi donc se priver d’éliminer Sarko. Le retour sur investissement (moral, autre) est jubilatoire. L'incitation, répercutée par Le Monde vendredi dernier, pousse Atlantico à titrer qu’il met des électeurs de gauche « en position d’arbitrer la primaire ». Rigoureusement exact. Il peut répliquer qu'il n’en a guère besoin (le sondage lui accorde 12 points d’avance, l’apport de sympathisants de gauche est marginal).

Fortement tentés

Homme affable, moins réservé qu’il le semble, Alain Juppé, incarne la continuité d’un Chirac de retour en grâce dans l’opinion, ne suscite aucune aversion à gauche. De très fortes réticences, oui, chez les militants PS-PC-FG. Chez les sympathisants, même d’extrême-gauche, moins. Le « tout sauf Sarko » peut même conduire à voter Marine Le Pen (car elle n’obtiendrait pas de majorité parlementaire, son imposture deviendrait flagrante ; voter Sarkozy, pour favoriser une insurrection qui tarderait à venir, ne séduit personne). Croyez-le ou non, en cas de second tour Sarkozy-Le Pen, abstentions et votes blancs seraient moins nombreux que ceux de gauche pour Le Pen. Ce n’est pas mon petit doigt qui me le dit, mais diverses conversations. Ce week-end écoulé figurait, en tête de page d’accueil du site de Libération, le reportage de Laure Equi et Amandine Cailhol « Ces infiltrés de gauche à la primaire de droite ». Ce lundi, il a disparu du sommaire. Aurait-il été estimé un peu trop convaincant du fait de la sincérité des témoignages et des argumentations développées par les militants et sympathisants de gauche ? À mon sens, ce ne seront pas jusqu’à 10, mais 15 % des électeurs de François Hollande (au second tour) qui aimeraient évacuer #Nicolas Sarkozy

Passeront-ils à l’acte ?

Vont-elles, vont-ils, se « parjurer » pour la « bonne » cause ? Soit il est estimé que Sarkozy sera plus facile à reléguer en troisième position, soit non. Dans cette seconde hypothèse, devoir aller voter pour lui, comme sans doute les consignes de vote y inciteront, sera, pour beaucoup, révulsif. Un pharmacien parisien de 35 ans confie à Libé « à la primaire, on sera deux-trois millions, une voix est démultipliée. ». Évident. À tout prendre, d’ailleurs, Sarkozy pourrait clamer que l’entourloupe l’a privé de victoire – semant une totale zizanie à droite –, aller jusqu’à se présenter contre Juppé. Bonheur total : au second tour des présidentielles, resterait le candidat de gauche face à Marine Le Pen. La droite, derrière Juppé, a tout intérêt à ce que la gauche se mobilise pour lui. Sinon, c’est cinq années de maintien dans l’opposition qui se profilent. #Alain Juppé #Élections