En 2002, même qui n’avait qu’une vague idée du parti écologiste connaissait au moins Noël Mamère de nom, ne serait-ce qu’en raison de son passage professionnel à Antenne 2. Que font les adhérents ? Ils lui préfèrent le non moins sympathique Alain Lipietz (qui cédera néanmoins sa place à Mamère lors des présidentielles). À peu près en ordre de marche derrière Dominique Voynet, lors des élections de 2007, et qui prendra la tangente à Montreuil, abandonnant le parti, ils auront préféré Eva Joly à Nicolas Hulot en 2012. Ils viennent de vouer Cécile Duflot au chômage en 2017 (le PS ne lui pardonnera rien et reprendra sa circonscription), et doivent trancher entre #Yannick Jadot et #Michèle Rivasi. S’il était en France des bookmakers comme au Royaume-Uni, je parierai sur elle : elle est à peine moins connue que Jadot, mais cela devrait suffire… Collectivement, chez les adhérents et sympathisants EELV, c’est quasi instinctif : miser sur la ou le moins… un peu tout et son contraire. Plus de cinq points derrière Jadot au premier tour de la primaire, elle aura la cote d’amour innée d’un Poulidor (Raymond « Poupou » fut l’éternel second du Tour de France cycliste derrière Anquetil puis Merckx). Gagnante donc, de la primaire, peut-être aussi brillamment perdante qu’un Jacques Cheminade (0,25 % des suffrages) au soir du 23 avril 2017. Ce parce que les finances du parti sont exsangues, que les banques ne la voient pas devenir un jour ministre, même en 2022, que Jean-Luc Mélenchon fera tout pour lui piquer des voix écologistes, et qu’il n’est pas sûr qu’elle ait la pêche de son cadet (63 ans contre 49 à Jadot) car une campagne sans moyens, c’est épuisant. Non, je ne fais pas mon Donald (Trump) mettant en cause la résistance d’Hillary (Clinton), donc, ça, je retire, c’est superflu et sans doute infondé. Rivasi est une battante, elle fut députée de la Drôme (1997-2002) et son côté photogénique, son sens de la formule, sa forte présence lui vaudront bien quelques passages médiatiques. Tandis que Jadot fait très futur ministre (si la gauche de gouvernement revenait au pouvoir), un poil convenu dans sa prose, Rivasi peut susciter une adhésion sentimentale. #EELV, à la base, celle qui reste et n’a pas rejoint des Placé, Bennahmias, Cosse, Pompili ou de Rugy, préserve un petit côté fleur bleue qui l’emporte souvent sur le froid raisonnement.

Figurante d’arrière-plan ?

Même Jean-Luc Mélenchon, à l’heure actuelle, ne peut être totalement sûr de récolter les 500 signatures devant lui permettre de se présenter. Yannick Jadot a bien compris : il plaide pour une campagne « positive » et non « anti-Hollande » (ou Valls, ou même Royal, si Hollande jetait l’éponge). Soit anti-PS, de fait. Car il lui faudra chercher des appuis avec les dents… rognées pour ne pas donner l’impression qu’il pourrait mordre trop fort. Mais il ne les obtiendra pas sans céder sur le nombre de circonscriptions gagnables d’avance. Le seul député disposant d’une véritable assise locale reste Noël Mamère. Qui dit moins de circonscriptions, d’élus, dit moins de ressources pour EELV. Une Rivasi privée de signatures en nombre suffisant pourrait épargner aux finances du parti de plonger davantage et permettre de racler des fonds de tiroir pour les campagnes législatives (557 sièges à pourvoir). En figure d’arrière-plan (comme peut-être Pierre Laurent, du PC, suspendu à la décision de François Hollande) lors des présidentielles, Michèle Rivasi saurait tenir son rôle. Absente mais présente en coulisses. Une chose est sûre : si la catastrophe écologique mondiale s’accélère, la catastrophe écologiste en France la dépasse. Pour mieux se battre pour l’avenir, et la freiner, un repli tactique et un renoncement à la présidentielle serait salutaire. Mais Yves Jadot vient de redresser le tir : il annonce qu’il n’y aura pas d’accord avec le PS, et qu’EELV ira « au bout de la campagne présidentielle ». Il vise 10 % au premier tour en avril. Si lui ou sa rivale obtiennent les parrainages, bien sûr…