Pas sûr que Gallimard ait déjà livré son futur best-seller au cimetière des Grand-Maisons. Pas sûr non plus qu'à Jarnac, François #Mitterrand soit pressé de le lire. Ces Lettres à Anne, c'est lui qui les a écrites, trois décennies durant. Pas comme on écrit un livre, pas avec des histoires, des chapitres, des personnages. Non, comme ils sont aujourd'hui si peu nombreux à dire "je t'aime" à ceux qu'ils aiment. A dire, puis à redire avant de confirmer un amour d'autant plus fort qu'interdit. Caché, longtemps. Secret de polichinelle aussi. 1218, c'est le chiffre du mois d'octobre en France. Le nombre de ces lettres secrètes entre une femme et son amant, entre un mari et sa maîtresse. Levons le suspense insoutenable : non, François Mitterrand n'a pas reçu le livre qui ne sortira que le 13 octobre dans toutes les bonnes librairies et, sans doute, les autres aussi. Ce livre sera dans nombre d'assiettes des repas de Noël. Le petit cadeau en plus, des familles socialistes pour "services rendus" ou de celles de droite, pour la qualité des écrits. Les Français ne l'ont pas lu mais ils le savent, c'est un modèle du genre. Ils ont eu droit aux bonnes feuilles, aux extraits, aux journaux de 13 ou de 20 heures. Les Lettres à Anne sont l'un des événements de la rentrée littéraire. Je n'ai pas lu, moi non plus ce recueil... mais je le sais !

On imagine Mitterrand écrire à Anne Pingeot à l'Elysée

Le talent épistolaire de l'ancien chef d'Etat a été reconnu bien avant sa mort. L'homme était complexe, pas un être simple qui, de plus, a vécu cette vie extra-conjugale et le fruit de cette passion en la personne de Mazarine. Si l'on ajoute sa culture, pas remise en cause elle non plus, on a tous les ingrédients d'une histoire griffonnée, au fil des jours entre deux réunions ministérielles ou lors d'un sommet entre chefs d'Etat. Avec le recul, on se remémore quelques grands événements sous sa présidence et on l'imagine écrire, en secret, à #Anne Pingeot.

Ce sont bien sûr ses enfants, ses ayant-droits qui ont autorisé la publication de ses écrits. Ils ont attendu que les corps soient froids, ceux de François et de Danièle Mitterrand, pour mettre sur la place publique ce qui aurait pu être considéré comme trop intime pour sortir d'une petite boîte, à jamais cachée. Le siècle prochain, éventuellement, être publiées pour l'Histoire. La famille a décidé et les lecteurs se jetteront sur ces lettres, avec sans doute comme un regret : ne pas en avoir reçues de si belles. Ou de ne jamais en avoir reçues. Un ou deux mails en copie cachée ? Pas vraiment le même effet. Mitterrand offre à titre posthume quelques pourboires à sa descendance. Peut-être aurait-il été fier, finalement de cette publication ? Je ne sais pas si je lirai ce livre. Pas vraiment prêt. Je sais par contre que je ne lirai pas le brûlot de Patrick Buisson sur Nicolas Sarkozy. Quand les secrets n'en sont plus comment croire à l'humain ? 

Les Lettres à Anne (Pingeot), 1962-1995, Gallimard. #Politique