Les éléments de langage sont bien rodés. Éric Woerth avait commencé voici plus d’une semaine, un duo #François Bayrou-Alain Juppé condamnerait à ne plus pouvoir espérer la moindre réforme. Puis Nicolas Sarkozy a martelé l’argument. Jeudi dernier à Marseille, il dénonçait « jusqu’où la compromission avec François Bayrou nous conduira-t-elle ? ». Retour de la proportionnelle ? Régularisation de tous les sans-papiers ? À part cela, Sarkozy n’a aucun problème personnel avec Bayrou, assure-t-il dans un entretien que publient ce jour les quotidiens régionaux. Mais « il a voté Hollande et nous a donc fait entrer dans le socialisme » et lui, ne fera pas d’alliance avec quelqu’un qui « veut mener une politique de gauche ».  Plus clairement, il désigne la cible principale : « qu’a promis M. Juppé à M. Bayrou en échange de son soutien, en plus de lui accorder un grand nombre de sièges de députés ? » fait semblant de s’interroger le candidat à une seconde candidature. La future majorité (de qui ? comprenez non de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen), en cas de victoire de Juppé aux primaires, serait « sous le chantage de M. Bayrou qui s’est par exemple opposé à la réforme des retraites en 2010 ». Une réforme qui, rappelons-le, a conduit l’actuelle majorité à voter un complément de revenus pour les chômeurs de longue durée de plus de 60 ans que cette réforme a conduit pour certains de longues années à vivoter avec moins de 500 euros mensuels… Ce fut un peu plus violent que les propos de F. Bayrou à l’encontre de N. Sarkozy…

Détestation réciproque

Sarkozy a tenu, selon le Canard enchaîné, des propos contre Bayrou qui valaient ceux qu’il avait réservé à Dominique de Villepin (le fameux « croc de boucher »). Tandis que Bayrou, samedi, dénonçait la « brutalité » (de comportement) et la « violence » (verbale) de Sarkozy. C’est bien la preuve que Bayrou « utilise le langage de la gauche et rend désormais injustifiable une quelconque alliance entre le vainqueur de l’élection primaire et François Bayrou », assure Sarkozy. Est-ce dire que, comme Donald Trump, qui se réserve de ne pas reconnaître une éventuelle victoire d’Hillary Clinton, un Sarkozy battu à la primaire la remettrait en question si Juppé était élu avec les voix de membres ou sympathisants du Modem de Bayrou ? Ce dernier a révélé qu’en 2007, il avait voté blanc car il pressentait l’immense goût de pouvoir et d’argent du futur président, et la mise en place d’un « système d’inégalités croissantes » (alors que Sarkozy avait promis qu’il n’y aurait plus un seul SDF en France : le constat est patent). « Pour lui, le pouvoir est une domination, la conquête des électeurs se paie par l’hystérie », a résumé Bayrou qui dénonce un véritable mépris des « ploucs » (les électeurs de Sarkozy, selon ses propres termes en privé avec quelques journalistes). Si #Nicolas Sarkozy est en première ligne, il est flanqué de Valérie Debord qui estime que Bayrou est « épris de haine envers la droite et le centre ». Ou Anne-Marie Montchamp, pour laquelle « il ne pèse plus rien ». Autres amabilités : « un commentateur amer et sinueux ». Éric Ciotti : « c’est un traître permanent [qui] veut toucher la rançon de ses trahisons ».  Et comme Juppé est son complice, Juppé, partant est de gauche. Même Patrick Buisson ne s’y serait pas risqué. Hélas pour Sarkozy, il n’a pas eu de remplaçant… Bayrou, lui, rédige seul ses discours. À moins bien sûr que Sarkozy estime devoir ainsi remettre en selle un Bayrou pour faire disperser des voix de Juppé vers Fillon, Bruno Le Maire, Jean-François Copé, Jean-Frédéric Poisson. Il n’y a que NKM a souhaiter une alliance avec le centre. Il est loin le temps où un François Baroin soutenait Bayrou aux municipales, et que des sarkozystes passaient alliances avec le Modem aux régionales. Cela promet en tout cas, si Sarkozy était réélu président, quelques duels inattendus lors des législatives. Nommer à l'avance Jean-Frédéric Poisson au Travail (comme une rumeur le veut) n'arrangera rien. #Alain Juppé