Deux interviews et deux meetings sur BFM TV, Toulouse et Lyon, permettent de valoriser deux logiques différentes : celle d’Alain Juppé fondée sur un rassemblement ouvert vers le Centre et celle de Fillon avec une logique proche d’une Droite forte et plus radicalement affirmée.

On pense que Fillon sera le vainqueur de la Primaire à Droite et on remarque en esquisse le pouvoir présidentiel que défendra Fillon en 2017 face à la Gauche, une Gauche gouvernementale représentée par le PS qui est en perdition et qui se demande si elle doit organiser les Primaires auxquelles participerait éventuellement François Hollande. La Gauche est perdue, elle a déjà perdu, il est donc intéressant de ne regarder que les deux impétrants de la Droite LR. Alain Juppé estime que la préférence pour une société ouverte est plus intéressante que celle de Fillon qui est pour une société plus nationaliste.

Pour Alain Juppé, la société française doit être ouverte et fondée sur la diversité et l’unité. #François Fillon n’a jamais parlé d’identité et, de façon très habile, il rallie à lui les adeptes de la manifestation pour tous et du Sens commun qui valorisent les valeurs traditionnalistes et familiales de la Droite. Fillon a durci son discours en le « droitisant » plus que Sarkozy et cela marche car la France est traversée par un courant de droitisation avérée. Juppé espère l’impossible en faisant venir à lui les gens du Centre, Bayrou, la société civile, les militants de Gauche déçus du hollandisme et les militants LR favorables à lui. Il y a bien une guerre des deux Droites en France car la Droite radicale estime que Juppé n’est pas le bon candidat. C’est Fillon qui représente cette Droite catholique de province, bien-pensante, intégriste, voire raciste à la marge, qui préfère l’entre-soi, qui regarde l’étranger avec commisération et qui le dimanche après la messe donne la pièce aux pauvres en espérant avoir accompli sa mission de solidarité. Cette Droite catholique, intégriste, de combat, s’oppose au catholicisme prôné par le Pape François qui milite pour un catholicisme ouvert, celui de la race humaine fondée sur la différence et l’accueil de l’autre. Fillon est silencieux et ne dit rien sur les personnes qui se rallient à lui. Les membres du Sens commun, auxquels on peut rajouter le ralliement de Monsieur Poisson, constituent un catholicisme de combat très peu ouvert sur le monde, rejetant la mondialisation en survalorisant la Nation et le nationalisme. Fillon intelligemment l’a compris et a axé son discours en direction de ce catholicisme de combat très fortement marqué à Droite.

Sauf miracle, Alain Juppé a perdu la bataille des Primaires car il n’a pas été assez argumentatif et démonstratif au cours des trois débats. Il a été surpris par la victoire de Fillon qui, depuis très longtemps, a sillonné la France en creusant patiemment un sillon traditionnaliste que lui reproche Alain Juppé, adepte d’une société plus ouverte, plus diverse mais luttant contre les communautarismes. Au fond, Alain est pour un électorat catholique de Droite plus ouvert alors que Fillon drague plus facilement les électeurs catholiques de Droite et de province plus marqués par la défense des valeurs de la famille et donc plus intégristes et traditionnels.

Au total, on invite les électeurs à trancher entre deux lignes : la ligne libérale de Fillon sur le plan économique et conservatrice sur le plan de la société et la ligne libérale de Juppé sur le plan économique et libérale sur le plan de la société. Au fond, nous avons là, par premiers ministres interposés, le combat de Chirac dont le représentant est Alain Juppé et de François Fillon dont les maîtres à penser sont Balladur, Sarkozy et Seguin.

La France souhaite sa réconciliation avec elle-même : la droitisation de la population et le besoin d’alternance et de rupture avec la Droite au pouvoir au nom de la rupture. L’ensemble de l’emballage emmené par François Fillon Président de la République en 2017 peut être en place. #Alain Juppé #Élections