Franchement, entre la droite ultralibérale, méprisant tout ce qui n’est pas elle, confite dans ses certitudes, dans la défense à tout prix de ses prérogatives, dans son identité christiano-possédante, et une #Marine Le Pen racolant un petit peuple dont elle se soucie comme d’une guigne mais indispensable à ses ambitions, comment se déterminera le reste de la Nation ? C’est blanc bonnet et bonnet blanc, peut-on penser. D’un côté, la rose bleue mariale sans épine d’une Marine Le Pen tentant de se concilier les tenants de sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, de l’autre, celui, Fillon, qui veut ‘’retrouver nos racines chrétiennes et l’esprit des Béatitudes’’. La Nation pourrait se tourner vers la moins peine à jouir, faute d’alternative crédible à gauche. Fillon, qui veut passer pour gaulliste, c’est ‘’Maréchal, nous voilà’’. Avec ce bémol : du temps de Pétain, il y avait aussi des modernistes. Dans les lendemains de Fillon, il n’y aura que des passéistes… mais à fond pour la mondialisation, le profit à tout prix, et la réduction des gages des bonniches. La fachosphère, qui estime Marine Le Pen trop progressiste, ne s’y est pas trompée : elle a fait d’’’Ali Juppé’’ le lèche-babouche des Frères musulmans, le ‘’candidat des mosquées’’ comme le titrait encore cette nuit Riposte ‘’laïque’’. Alain Juppé a réagi en promettant ‘’des réformes équitables dont tous les Français tireront bénéfice (…) qui préparent l’avenir plutôt que cultiver la nostalgie du passé’’. Il a aussi salué Nathalie Kosciusko-Morizet, la seule à se déclarer en sa faveur, et la moins droitière, aux yeux d’un électorat de gauche, d’entre l’ensemble des candidats à cette primaire. En fait, il en appelle à l’électorat centriste et de centre-gauche, sachant fort bien que la plupart des caciques du Modem ou de l’UDI se rallieront à Fillon si ce dernier leur promet des investitures ne disant pas leur nom en vue des législatives.

Fillon largement en tête

Sauf en Corse (Sarkozy) et chez les Français de l’étranger ou d’Outre-mer (Juppé, sauf rares exceptions), Fillon est arrivé largement en tête dans la plupart des départements, hors sud-ouest (Juppé), frôlant ou obtenant même fréquemment la majorité absolue (Pays-de-Loire notamment). Cela étant, le débat avec Juppé, jeudi soir sur TF1 et France2, peut réserver des surprises. On notera qu’en Maine-et-Loire et Mayenne, si Fillon n’est pas plus largement en tête, c’est que Frédéric Poisson, encore plus droitier sociétalement (en fait, verbalement), y a doublé Bruno Le Maire. Une vraie surprise, y compris pour François Hollande qui, dans son livre d’entretiens, prédisait que Le Maire ‘’se vendra le moment venu’’ (‘’plus à Juppé qu’à Sarkozy’’, et en fait à Fillon), mais ne voyait pas Fillon en tête. Passées 04 h 10, ce lundi matin, son score restait stable à 44%, contre près de 29 pour Juppé ; 20,6 pour Sarkozy, et NKM conservait sa quatrième place (2,6), après le dépouillement de plus de 9 500 bureaux de votes et très près de quatre millions de suffrages. Il a eu la victoire modeste, se voulant encore plus rassembleur : ‘’la défaite ne doit humilier personne parce que nous aurons besoin de tout le monde’’. Comme l’a dit Juppé, ce sera ‘’projet contre projet’’ et celui de Fillon se résume à une phrase, mettre fin à ‘’l’idéologie égalitariste’’ (et partant, approfondir les inégalités). Distancié de 15 points, Alain Juppé éprouvera beaucoup de difficultés pour rattraper et devancer de fort peu son adversaire. D’une part parce la mobilisation a été forte, d’autre part en raison de la désaffection d’une partie de l’électorat centriste : le reliquat des partisans de Bayrou qui souhaitent qu’il se présente et surtout, surtout, les séduits par un Emmanuel Macron s’abstenant de se déplacer dimanche prochain. De plus, les sarkozystes (Ciotti, Estrosi, Morano, Woerth…) disposent d’ancrages locaux qu’ils inciteront à voter Fillon dimanche. Ce n’est pas tout à fait plié pour Juppé, mais il lui faudra nettement dominer le débat de jeudi soir… #Alain Juppé #François Fillon