Ce lundi matin, aux petites heures, l’équipe d’organisation de la primaire de la droite et du centre continuait d’actualiser les résultats, mais les écarts en pourcentages restaient stables depuis minuit. Soit 44,1% pour #François Fillon, 28,6 pour Alain Juppé (20,6 pour Sarkozy, 2,6 pour NKM). Ce qui laisse prévoir qu’Alain Juppé devrait engranger entre 610 000 et 620 000 voix, à participation égale, pour espérer dépasser son concurrent de très peu. Or, pour nombre d’observateurs, cela semble irréalisable. Tout dépendra cependant de divers facteurs dont il reste difficile d’évaluer la portée.

Le ‘’tout sauf Sarko’’ à fond

Des sondages de dernière ‘’minute’’ ou presque avant le vote donnaient déjà Fillon l’emportant au second tour s’il était opposé à Juppé. Dès après le second débat entre l’ensemble des candidats, il a semblé possible que Fillon se qualifie. Pronostic confirmé par un sondage sortie des urnes d’OpinionWay hier, dimanche soir : Fillon est donné vainqueur dimanche prochain avec 56%. Nicolas Sarkozy dépeignant Juppé en otage de Bayrou a certainement favorisé l’engouement d’une partie des adhérents LR pour Fillon. Il en tire les conséquences, ses partisans les plus en vue aussi, comme Ciotti ou Morano, Woerth, appelant comme lui à barrer la route à Juppé. Mais on peut se demander si l’effet ‘’tout sauf Sarko’’ n’a pas eu une ampleur suspecte. Tant qu’à humilier l’ex-président, en considérant que, quel que soit le résultat, Juppé se qualifierait pour le second tour, il pouvait se faire jour une tentation de le reléguer à la troisième place. C’est fait, et même très largement, Sarkozy est (vers 06 h ce lundi), sur 1 510 bureaux (le total est de 10 229) à près de 320 000 voix derrière Juppé et pas moins de 935 446 derrière Fillon. Cuisante défaite, à laquelle des électeurs de gauche, du centre, ou des ‘’touristes’’ ou curieux aux convictions changeantes, voire certains partisans de Juppé, peuvent avoir contribué. Si nombre d’entre eux s’abstenaient ou, satisfaits de voir Sarkozy humilié, en troisième place, boudaient cette fois Fillon, pour lequel ils ont voté sans adhérer à son programme, opéraient un revirement, l’écart s’amenuiserait.

Fillon a-t-il fait le plein ?

On ne sait si les électeurs de gauche (présumés représenter jusqu’à 15% du total, selon un sondage Elabe) seront au rendez-vous du second tour, si le programme de Fillon les effarouchera tant qu’ils resteront mobilisés et déterminés, ou s’ils se désintéresseront. Côté centristes, il s’est sans doute produit un ‘’effet Macron’’. #Emmanuel Macron séduit une partie de cet électorat qui n’a peut-être pas estimé crucial de participer au premier tour. Mais au second ? Ce qui semble sûr, c’est qu’une bonne partie de l’électorat du Front national s’étant déplacé s’est prononcé sur un ‘’tout sauf Juppé’’. Notamment dans les Pays-de-Loire et une partie de la Bretagne, les catholiques traditionalistes ou conservateurs ont été fortement mobilisés par le mouvement Sens commun, issu de la Manif pour tous, étroitement pro-Fillon. Mais les plus déterminés sont sans doute les partisans du Siel, de la droite du Front national, et des mouvances se proclamant nettement islamophobes. ‘’Ali Juppé’’, ‘’prophète islamisant de l’identité heureuse’’, ‘’candidat des mosquées’’ est fortement distancé, ils s’en réjouissent ouvertement, et s’il était loin derrière Fillon dimanche prochain, ce serait champagne. À l’inverse, d’autres pourraient considérer que Fillon serait plus l’otage de l’extrême-droite et des cathos de droite dure que Juppé ne le sera des centristes. Fillon peut aussi apparaître comme un revanchard, autrefois bridé par le Sarkozy ayant tenté une ouverture vers le centre-gauche… S’il s’impose vraiment lors du débat de jeudi soir, il fragilisera encore plus Juppé, mais si son programme paraît trop outrancier, trop radical, le jeu resterait ouvert. À 06:45, ce lundi matin, l'écart des voix (sur 9 514 bureaux) était de 618 544 voix. Vraiment beaucoup, mais qui sait ? #Alain Juppé