#Emmanuel Todd ne dénie pas qu’Hillary Clinton l’ait emporté en voix, que les votes des Blancs d’un niveau éducatif médiocre se soient fortement portés sur Trump ou que ce dernier ait obtenu l’appui tonitruant du Ku Klux Klan. Mais pour lui, qui voit dans l’idéologie autre chose que le primat de l’économie (soit l’importance ‘’des structures familiales, des valeurs religieuses, des stratifications éducatives’’), l’essentiel se situe ailleurs. Le vote Trump serait aussi un réflexe de survie. La mortalité des Étasuniens blancs n’ayant pas poursuivi leurs études au-delà de la High School a fortement augmenté du fait d’une ‘’souffrance’’ (due aux suicides, à la surconsommation d’alcool ou de stupéfiants, de médicaments) dérivant d’une ‘’insécurité individuelle et sociale insupportable’’ imputée à la globalisation, la mondialisation. Pour lui, le phénomène de rejet est similaire à ce qui avait conduit à l’effondrement du communisme soviétique (forte mortalité, dont infantile). Le système américain a fini par perçu aussi absurde et mortifère que le soviétique. L’idéologie dominante serait donc devenue la ‘’globalization fatigue’’. C’est ce qu’avait aussi analysé ou pressenti le concurrent démocrate, Sanders, ce serait ce que n’a pas su suffisamment traduire Hillary Clinton…

Une vague globale

Pour pertinente qu’elle soit, cette analyse est un peu trop ‘’globalisante’’, toute élection impliquant une multitude de facteurs. Mais le besoin ressenti d’un plus grand protectionnisme se vérifie aussi en Angleterre avec le Brexit, et des mouvements de fond dans les pays ex-communistes européens. Cette vague globale touche bien sûr la France et d’autres pays dont les classes politiques, de droite ou sociales-démocrates, restent trop attachées, selon Todd, à l’euro et au libre-échange, pour réagir et savoir convaincre. Faire ‘’assaut de néolibéralisme’’ engendrera le rejet. Cela ne signifie pas, pour la France, que le #Front National en profite car, contrairement à ce qui s’est produit en Angleterre ou aux États-Unis, avec des chefs de file conservateurs comme #Donald Trump ou Boris Johnson (qui pas plus l’un que l’autre ne croyaient très fort à leur succès électoral), le FN reste ‘’structurellement marginalisé’’, considère-t-il. Le sentiment légitimiste reste prédominant et le changement implique ‘’qu’une fraction au moins des classes dirigeantes accepte de le représenter’’. C’est peut-être faire fi du fait que, pour leur électorat, les dirigeants du FN soient perçus comme en émanant. Le modèle français, poursuit Todd, n’est pas celui ‘’d’une élite qui lâche lorsqu’il est encore temps’’ mais ‘’d’une élite qui se fait couper la tête’’. D’où son appel à ‘’la droite française’’ qu’il pressent emporter les prochaines élections, de ‘’dégager quelques types audacieux et créatifs disposés à nous éviter des affrontements brutaux’’. Cela semble juste mais néglige peut-être ce fait : que Theresa May mène ou non le Brexit à son terme, que Donald Trump applique ou non son programme ou soit l’objet d’un impeachment (destitution provoquée par le parti républicain), ces confrontations violentes ne sont pas non plus à exclure outre-Manche ou outre-Atlantique.