Elles et ils ont embrayé. Nicolas Sarkozy avait déclaré, à l’issue de la stabilisation des résultats du premier tour de la primaire, qu'il voterait pour François Fillon. Cela n’avait pas valeur de véritable consigne, mais sa garde rapprochée soit l’a pris pour telle, soit retrouve en fait tout naturellement le candidat qu’elle avait trahi. Éric Woerth et Rachida Dati soutiendront donc Fillon, tout comme leur patron. Pour François Baroin, cela va sans dire : il n’a jamais pardonné à Alain Juppé de l’avoir évincé de son ministère. Mais aussi Laurent Wauquier et Éric Ciotti. Ce dernier n’était autre que le directeur de campagne du candidat Fillon face à François Copé pour la présidence de l’UMP. Il lui est d’ailleurs resté à peu près fidèle jusqu’en 2015 avant de rallier Sarkozy et devenir son porte-parole. Laurent Wauquiez était aussi un solide soutien de l’ex-Premier ministre, tout comme Christian Estrosi. Ou encore Philippe Goujon… Et Pierre Lellouche. Mais dans les rangs fillonistes, il y avait aussi… Valérie Pécresse, qui fut un temps tentée de déserter pour appuyer Nicolas Sarkozy, mais qui, sans doute au vu des sondages, s’est prononcée tardivement pour Alain Juppé. Autre déserteur du camp de Fillon, Patrick Devedjian, en froid depuis longtemps avec les sarkozystes des Hauts-de-Seine, qui a de peu précédé Pécresse en se déclarant pour Juppé en octobre dernier. Reste à savoir qui fera du zèle, mouillera vraiment sa chemise pour Fillon, histoire de revenir en grâce et espérer, si ce n’est un portefeuille, un poste, une investiture… Hortefeux s’est aussi prononcé pour Fillon, comme Balladur.

Tous derrière, lui devant…

Il y a fort à parier que la base sarkozyste puisse assurer la victoire de Fillon. Si la participation reste au même niveau et avec les mêmes, un peu moins de 40% de reports sarkozystes sur l’ex-Premier ministre devrait suffire. Cela correspond aussi à une tradition de la droite dite bonapartiste, le besoin de suivre un chef ayant de fortes chances de l’emporter. Pour certains, quoi que pouvait dire ou faire Sarkozy, il restait le plus battant, le plus teigneux, le plus dynamique et cela l’emportait sur leurs convictions (en estimant aussi que, réélu, il ne ferait pas forcément tout ce qu’il promettait). En face, Juppé peut compter encore sur Pécresse et surtout sur Jean-Christophe Lagarde, le chef de file des centristes de l’UDI. Surtout sur lui-même. Soit sur l’affirmation d’une volonté pugnace de l’emporter autant que sur le décorticage des mesures préconisées par Fillon, dont certaines très radicales, très thatchériennes, comme le relèvement de deux points de la TVA dont divers de ses électeurs du premier tour n’ont pas trop bien mesuré les conséquences. Les retraités à faibles et moyens revenus, dont le pouvoir d’achat stagne déjà, seront amenés à considérer qu’il régressera nettement pour au moins cinq ans. Juppé peut miser aussi sur les excès de soutiens de Fillon, très fortement marqués à droite, très conservateurs dans le domaine social, comme le mouvement #Sens commun et sa nébuleuse. Surtout, il tentera de faire passer Fillon pour aussi clivant que Sarkozy même si son adversaire saura châtier son langage, sa gestuelle, &c. Marine Le Pen pourrait peut-être l’y aider car elle peut redouter que Fillon morde sur une fraction non-négligeable de son électorat. On peut aussi peut-être supputer que des électeurs de droite ayant lâché Juppé pour Fillon lui reviennent : cela aura pu leur paraître sans risque, avec l’attrait de la perspective de faire chuter Sarkozy, ce qui a largement réussi. L’inconnue réside aussi du côté d’un centre-gauche tiraillé entre Emmanuel Macron, Manuel Valls, d’autres, qui redoutera qu’un Fillon le frappe beaucoup trop au portefeuille. Macron a déjà laissé entendre que Fillon, c’était la droite dure et ‘’le retour en arrière’’. Cambadélis le catalogue ‘’ultra’’ (conservateur, libéral, anti-social). Seule certitude du moment (10:30), le cap des quatre millions de votants est franchi... #Alain Juppé #François Fillon