Lecture de l'ouvrage  "L'économie aux canons de l'infinitique inclusive", par Daniel Ngassiki  aux Editions Karthala, novembre 2016

Cet ouvrage est utile pour le renouvellement théorique de l’économie publique. Les analyses apparues dans les années 1960 ont d’abord posé la question de la gestion des dépenses publiques, de leur financement et les théoriciens anglais de l’économie du wellfare (Marshall, Pigou) puis les néoclassiques italiens (Pantaleoni, Mazzola, Barone) et enfin suédois (Wicksel, Lindahl) s’attachent tous à déterminer les conditions théoriques d’une intervention publique raisonnée. Les analyses de Keynes et de Beveridge montrent qu’en courte comme en longue période l’intervention de l’Etat permet d’éviter la stagnation et de favoriser le bien-être. L’apport de Musgrave en 1959 permet de lier économie et finances publiques en insistant sur l’analyse des décisions publiques, non plus simplement d’un point de vue du financement, mais sur la capacité des pouvoirs publics à construire un long sentier de croissance utile pour l’emploi.

 

La crise des années 1970 et celles actuelles (budgétaires, financières, etc) ont remis en cause la capacité de l’Etat à gérer harmonieusement l’économie. Il y a ici ou là une remise en cause des interventions de l’Etat comme moteur de la croissance. On s’interroge sur ce que doivent être les normes de l’action publique et les fonctions de l’intervention publique car la croissance ne redémarre pas et les inégalités continuent de croître.

 

L’ouvrage de Daniel Ngassiki, économiste, ancien Secrétaire général de la Banque des Etats d’Afrique Centrale, apporte un renouveau dans la compréhension de l’Etat dans un modèle capitaliste : pas de destruction du capitalisme comme le recommandent les marxistes et autres communistes et pas de rejet de la justice universelle par le marché. Ngassiki, par l’introduction de l’Etat en bourse, contribue à montrer comment les citoyens, souverains primaires, délèguent à l’l’Etat une souveraineté populaire qui lui permet d’émettre des actions souveraines de préférence grâce à son introduction en bourse. Ces actions souveraines, de préférence, seront redistribuées à tous les citoyens qui ont le droit d’en céder une partie sur le marché secondaire avec une obligation d’en conserver une autre pour lutter contre la pauvreté.

 

Le choix de l’outil mathématique d'un horizon infini quantitatif, permet de montrer que la richesse de l’Etat est constituée sous la forme d’un patrimoine permanent dont peuvent disposer, selon des critères à définir, les citoyens souverains primaires. Ngassiki ouvre des horizons analytiques de fond qui vont forcément soulever des débats intéressants et fondamentaux. Le livre est construit dans cet objectif, car le modèle qu’il propose repose sur des conditions strictes, quelle que soit l’augmentation de la population, à savoir l’absence de déficit structurel de la part des Etats, des taux d’intérêt inférieurs au taux de croissance et des actions souveraines émises par l’Etat qui doivent être considérées hors fiscalité ou stratégie de dividende.

 

L’horizon du modèle mathématique (l’infini quantitatif), peut soulever des problèmes de conception et d’interprétation. Le livre est construit pour susciter aussi ce type de débat et l’auteur y apporte une réponse. Au total l’ouvrage de Ngassiki mérite d’être lu et relu et proposé à des cercles académiques et à des politiques. Il poursuit trois objectifs: une richesse pour tous grâce une justice universelle de marché, l’élimination de la pauvreté et des inégalités et la valorisation de cette passion de l’égalité dont Tocqueville dans  « De la démocratie en Amérique »  fait un élément de référence. Le livre de Ngassiki est éminemment politique et concerne aussi bien les #pays en voie de développement que les #pays développés. Le revenu universel proposé par certains peut trouver un élément de résonance dans cet ouvrage  qui doit être lu par les candidats français à l’élection présidentielle de 2017. #Elections présidentielles françaises