Il y eut le Beau Brummel, archétype du dandy avant qu'Oscar Wilde en redevienne l'incarnation… Voici donc #François Fillon, vêtu de costumes Arnys sur mesure pour le printemps. Et le restant, s'il faut en croire tant la maison Berluti-Arnys que Me Éric Moulet, conseil de Robert Bourgi, le donateur de trois costumes (à quelque 20 000 euros les trois) dont on ne sait quelle contrepartie passée ou à venir il a pu ou pourrait bénéficier. Dans un premier temps, François Fillon ignore, puis rétorque "et alors ?". Dans un second, il affirme les avoir rendus (non leur montant, mais des complets, peut-être tachés par des culs de casseroles).

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Entretemps, selon Robert Bourgi, qui s'est confié à Mediapart, l'entourage du député parisien fait pression sur lui. "François Fillon et sa très grande papesse de la communication, Anne Méaux, ont souhaité que je ne dise rien", et il obtempéra. Ou plutôt démentit. Le Monde ayant sorti son nom, une semaine plus tard, il revient sur ses déclarations, confirme. Alors, François Fillon envoie un coursier rapporter des costumes. "Mais il y en avait trois. Deux qu'il avait donc porté deux mois. Et un troisième, un blazer bleu marine et un pantalon gris", ajoute Robert Bourgi. Pour le dernier ensemble, offert fin décembre 2014, il peut s'agir du bon. Pour les deux autres… Du Tati, du H&M, du C&A dégriffé, peut-être. Le #Penelopegate est un ravaudage.

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Teinturier dégraisseur

"Monsieur Fillon a fait rapporter chez Robert Bougi un ensemble de chez Arnys offert en 2014, ainsi que deux costumes, sans marque aucune. Un troisième costume, offert par Arnys pour le prix des deux premiers, a été conservé par Monsieur Fillon", rapporte Me Éric Moulet.

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Plusieurs hypothèses. Soit Penelope Fillon, aux doigts de fée, a su dégriffer deux costumes Arnys, car la maison appose systématiquement sa griffe. Soit une voiture de fonction (car l'ex-Premier ministre en conserve), et un missi dominici, un factotum qui pourrait être Julien Grousset, ex-directeur de cabinet de Marc Joulaud, s'est rendu chez Emmaüs ou Kilo Shop ou Guerrisol se procurer des costumes. À moins que ce ne soit chez Tati. Gandin, gommeux, mirliflore, muguet, muscadin, offre Le Grand Robert pour synonymes de dandy. Sens dérivé, "personne raffinée dont l'élégance physique ou morale relève d'une éthique". Ainsi, Mauriac, de Paul Léautaud "sordide et noir, le col graisseux" dit qu'il "était tout de même un dandy".

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Car l'autrefois impécunieux Léautaud, devenu célèbre, et même aisé, ne se transforma pas en grippe-sous. Farouche contempteur du Front populaire, oui. François Fillon, le dégraisseur de la fonction publique à laquelle ne put accéder Léautaud, est un moralisateur d'une autre étoffe. Un imposteur, un teinturier, un alchimiste d'une "identité française" de petit boutiquier de chef-lieu de canton. Bref, un plouc ayant su s'élever au-dessus de sa condition intellectuelle et spirituelle, à grand renfort de nègres et collaborateurs rétribués par la plèbe. Outrecuidance et arrogance, absence de scrupules ont fini par le faire craindre. Au moins le "enrichissez-vous" de Guizot s'accompagnait-il d'un "éclairez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France". Que propose un François Fillon ? Faites comme moi : si pas vu, pas pris, et même si vu et pris, engrangez la monnaie. "Je ne vous demande pas de m'aimer", mais de m'imiter si vous le pouvez, et je vous y aiderai. C'en est au point qu'on se demande si, ayant accédé à l'Élysée, il ne moyennera pas les recommandations pour être reçu par François Baroin à Matignon. Vaste ambition pour la France. Ou plutôt celles et ceux des Françaises et Français lui ressemblant. Le Penelopegate résumé pour les Nuls ? Un conte de fripiers faux-monnayeurs. #Penelope Fillon