Je l'avais lu mercredi dans Le Canard enchaîné, haussant les épaules. Mais hier jeudi, coup de fil d'une amie russe : "dis-moi, al-Qaida finance la campagne de Macron ?". Sa source n'est pas Le Canard enchaîné, ni aucun titre ou site de presse français, ni même Russia Today, Sputnik News ou les Izvestia ou une chaîne russe, mais VK, VKontake, "le Facebook russophone". Alors j'en rajoute, lui "assure" qu'il y a pire, qu'Emmanuel Macron est aussi financé par la franc-maçonnerie zoulou, les adorateurs du nombril malais, la secte Moon, que tout est déjà prêt à l'Élysée pour abriter de macabres ballets bleus (le pendant des ballets roses, mais avec des petits garçons), &c.

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Puis je démonte la rumeur. En fait, le site Riposte laïque (et autres, faux-nez du Front national ou des fillonistes), a bien titré "Officiel : al-Qaida soutient Macron !". Car, dans le numéro 41 de la revue al-Masra, proche d'al-Qaida (ou plutôt de l'une de ses factions), figure une photo d'#Emmanuel Macron. Je ne suis pas allé rechercher si des photos d'autres candidats (ou d'une candidate) ont été publiées par d'autres publications du même genre, mais c'est un fait. Qui fut immédiatement suramplifié, détourné, pour alimenter des accusations dénuées de tout fondement. De même trouve-t-on sur ces sites un crescendo de supputations ("Emmanuel Macron est-il gay ?") virant ces derniers jours du conditionnel à l'affirmatif ("L'homosexualité de Macron révélée en direct"). Ces sites manient très habilement leurs éléments de "réinformation", s'évitant de justesse des poursuites en diffamation (pour les injures publiques, leurs visiteurs s'en chargent).

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Mais de fil en aiguille, ces supputations deviennent des certitudes, finissant largement amplifiées dans les réseaux sociaux. Il y a eu Ali Juppé, puis Farid Fillon, voici donc, selon les sites, Immanuel ou Bilal Macron, qui, "c'est sûr", va "imposer la charia" en Outre-Mer. Ne revenons pas sur l'affaire du faux compte bancaire de la société La Providence (du nom du lycée où enseignait Brigitte Macron) dans les îles Caïman : la presse a largement désamorcé ce triste canular et le parquet financier en confirmera les sources. Mais on retrouve aussi des arguments similaires en des sites sérieux, comme Atlantico, où Serge Federbusch, président de l'ex-Parti des libertés (frappé de liquidation judiciaire), après avoir absous François Fillon, distille le doute sur les revenus et le patrimoine d'Emmanuel Macron.

Dupont-Aignan "sali"

Mais alors que Marine Le Pen qualifie Fillon et les fillonistes de "merdes" ("je m'excuse, mais aucun autre mot me vient", déclare-t-elle au Corriere della Sera), #Nicolas Dupont-Aignan s'estime "moqué" et "sali" par la presse.

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Air connu. Blasting News s'est doté d'une équipe de décodeurs de fausses nouvelles, de #Fake news : mes sources sont vérifiées (p. 8 du Canard, notamment). La recrudescence des fausses infos visant Macron n'a rien d'accidentel. Que lit-on sur Riposte laïque à la suite du lamentable débat télévisuel ? "Marine est épuisée, victime d'une coalition inédite". Ou encore : "Pourquoi salissent-ils autant Marine ?". Il s'agit, dans la perspective d'un score de quelques points inférieurs aux 40% dimanche, de sauver les meubles de la soldate Le Pen. D'éviter qu'un mauvais résultat la fragilise à la direction du FN. Tout est donc employé pour favoriser l'abstention, dissuader les indécis de voter Emmanuel Macron. Cela fut fait en détournant des photos (l'affaire "des mains sales", Macron étant accusé de redouter serrer les mains des ouvriers), en propageant des rumeurs présentées véridiques. Déjà, en 1981, François Mitterrand était affirmé décidé à supprimer le PMU. Cela passait alors par des tracts déposés dans les boîtes aux lettres. Mais les rumeurs visant Macron sont démultipliées (partagées près de 200 000 fois sur le seul Facebook). Pour le moment, le maculé Dupont-Aignan, la calomniée Marine Le Pen, se gardent bien de s'insurger contre les menées de leurs partisans les plus fourbes. Au risque que cela ne soit contreproductif, au point de ne pas leur permettre de former un groupe parlementaire lors des législatives. Nicolas "Trumpette" revendique pour Debout la France 2 400 nouveaux adhérents… sans évoquer les départs. Le voilà renonçant à la mairie de Yerres pour l'espoir de regagner sa circonscription de l'Essonne. Il affrontera Benjamin Boucher, du Front national. Qui lui réservera peut-être quelques rumeurs… Nettoyantes ?