Le Canard Enchaîné a une nouvelle fois frappé : hier, il révélait l'arrangement douteux effectué en 2011 par Richard Ferrand avec son épouse pour un montage immobilier. Il ne s'agit pas de détournement de fonds publics, ni d'emploi fictif ; en effet, rien d'illégal dans ce qu'il a fait ; néanmoins, cet événement laisse poindre un soupçon de conflit d'intérêts. Depuis 1993, Richard Ferrand est directeur général des Mutuelles de Bretagne. En janvier 2011, alors que grâce a lui, cette société se porte au mieux, elle décide de s'installer dans des locaux à Brest. Ainsi, elle choisit une offre provenant d'une agence immobilière nommée Saca, agence immobilière qui n'est pas en mesure de prouver, par un titre de propriété, qu'elle possède effectivement le bien qu'elle propose.

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Par la suite, le local est acheté à 402 000€ par la compagne de Richard Ferrand, Sandrine Doucen, 100% à crédit. De sorte qu'elle loue ce local aux Mutuelles de Bretagne pour 3500€ mensuels - 42 000€ annuels -, qui, par le loyer qu'elles paient à la femme de Richard Ferrand, lui permettent de rembourser le crédit obtenu auprès du Crédit Agricole. Autrement dit, Sandrine Doucen s'est achetée un local sans débourser un centime, en faisant rembourser le crédit par la société de son mari. De plus, pendant la durée du bail, les lieux ont été rénovés aux frais des Mutuelles de Bretagne, pour un devis à hauteur de 184 000€.

Un 'arrangement familial'

Soupçonneux à l'égard de cet habile montage, Le Canard Enchaîné parle d'un " arrangement familial " accompli avec l'accord du directeur général des Mutuelles de Bretagne Richard Ferrand.

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La piste d'un habile montage organisé par la société et par son directeur général est privilégiée, puisque de l'aveu même de l'actuel ministre de la Cohésion des territoires, le conseil d'administration était au courant de l'identité de leur bailleur, Sandrine Doucen, et de ses liens avec le directeur général Richard Ferrand. Par ailleurs, les Mutuelles de Bretagne ne se sont pas opposées à une telle opération alors qu'elles auraient pu le faire dès 2014, conformément à la loi. Pire, en plus de se faire rembourser intégralement le local par la société de son mari, Sandrine Doucen se serait même enrichie puisqu'elle aurait fait payer un loyer mensuel plus élevé au mètre carré que dans le reste du secteur. En effet, après avoir remboursé le crédit de la femme de Richard Ferrand, les Mutuelles de Bretagne ont continué à lui verser un loyer.

Un scandale qui fait grand bruit

La colère et l'incompréhension montent sur les réseaux sociaux au sujet de cette affaire, préjudiciable au ministre de la Cohésion des territoires.

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Pour l'instant, les responsables du mouvement refusent d'entendre parler de démission, dans un gouvernement qui pourtant a fait de l'exemplarité son cheval de bataille, prêchant à grands cris une " moralisation de la vie publique." Ce matin, sur BFM TV, le ministre a accepté de répondre aux questions, et s'est défendu ainsi, rappelant la légalité et la transparence de son arrangement : " Ceci était connu de tous, c'est parce qu'il était le mieux placé [le local] et le moins cher qu'il a été choisi (...) et a fait l'objet d'un renouvellement de bail (...). Il a ensuite accusé publiquement Le Canard Enchaîné de vouloir le mettre à mort à peine nommé ministre, et ce à des fins politiciennes : " C'est une sorte de cadeau de bienvenue pour ma nomination au #Gouvernement. On essaie de faire d'un acte de gestion banal une pseudo-affaire." #AffaireFerrand