Ce mercredi 7 janvier 2015, la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) doit examiner le dossier de Vincent Lambert. Un dossier sensible émaillé de décisions administratives contradictoires au fil des années, sur fond de tragédie familiale. Et surtout, un sujet qui ne peut laisser personne indifférent: faut-il abréger la vie d'une personne qui se trouve dans un état de santé sans espoir ? Qui doit en juger ?

Plongé dans un « état de conscience minimal » suite à un accident de la route en 2008, Vincent Lambert, en soins palliatifs à Rennes et aujourd'hui âgé de 38 ans, est malgré lui « le martyr d'une cause qui n'est pas la sienne, celle du maintien de la vie à tout prix ».

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C'est ainsi que le Docteur Eric Kariger, le médecin qui s'est occupé du jeune homme après l'accident, considère les choses.

En avril 2013, le corps médical et l'épouse du jeune homme avaientt décidé l'arrêt progressif de l'alimentation et de l'hydratation artificielles qui lui étaient prodiguées. Une « euthanasie passive » stoppée en mai 2013 suite à la décision d'un tribunal administratif saisi par les parents de Vincent, farouchement opposés à l'idée de laisser mourir leur fils, et non informés de l'arrêt des traitements.

En juin 2014, la plus haute juridiction administrative française, le Conseil d'Etat, annulait la décision du tribunal administratif tout en estimant que « la décision de vie ou de mort revenait à une personne extérieure au malade », c'est-à-dire aux médecins, aux juges, aux experts.

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Si l'épouse, ainsi que cinq frères et sœurs et un neveu du jeune homme souhaitent "le laisser partir dignement", les parents ainsi qu'un frère et une sœur, continuent de contester l'arrêt du Conseil d'Etat et ont fini par saisir l'ultime niveau juridique européen, la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

Ce sont donc 17 juges de la Grande chambre de la CEDH qui vont devoir vérifier la conformité et la recevabilité de l'arrêt du Conseil d'Etat avec les textes européens. Mais il faut néanmoins rappeler que la CEDH laisse aussi une grande marge d'appréciation à ses Etats membres. Au final, la France et la famille de Vincent Lambert ne pourront de toute façon que se conformer à la décision finale européenne, qu'elle valide ou non la décision de la plus haute juridiction administrative française.

Dans son livre « Ma vérité sur l'Affaire Vincent Lambert », le Docteur Eric Kariger reste toutefois persuadé que la CDEH validera la décision du Conseil d'Etat. Pourtant opposé à l'euthanasie, le médecin s'était prononcé pour l'arrêt des traitements dans la cas de Vincent Lambert : « Quand vous n'avez plus de capacités neurologique, sensorielle, sensitive, intellectuelle , de conscience, qui vous permettent d'être en relation, vous êtes déjà mort un peu », écrit-il dans son ouvrage.

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Il est persuadé que son patient n'aurait pas voulu vivre dans cet état. « Un juge administratif se met à faire de la neurologie sans en avoir la compétence. Il se permet de décider s'il y a - ou pas - obstination déraisonnable ». Pour l'ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité), la volonté du patient doit primer sur celle du corps médical. Qu'en est-il donc du consentement du malade ? L'avocat des parents, Jérôme Triomphe, estime pour sa part qu'il s'agit « d'un des cas les plus graves » à juger en France. La loi sur la fin de vie sera-t-elle remise en cause ? Verdict à Strasbourg d'ici deux mois. #Justice #Médecine