BN : Pourquoi l'OMS a choisi comme thème cette année "la sécurité sanitaire des aliments" ?

Paul Garwood : C'est un thème qui concerne toutes les populations qui vivent sur cette planète, mais aussi différentes parties prenantes comme les gouvernements, la société civile, le secteur privé et les agences intergouvernementales. Aujourd'hui, l'alimentation est mondialisée, et la nourriture produite à tel endroit peut être vendue à l'autre bout de la planète. Un système de sécurité alimentaire renforcé dans un pays peut donc avoir un impact dans d'autres pays. Même si nous sommes dans la même idée, il faut bien distinguer sécurité sanitaire alimentaire de sécurité alimentaire.

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En ce qui concerne la sécurité sanitaire alimentaire, il s'agit d'une action publique de santé visant à protéger les consommateurs des risques d'empoisonnement alimentaires. Les problème d'hygiène de la nourriture peuvent causer de nombreuses maladies diarrhéiques, des maladies virales, comme le premier cas d'Ebola, dû à la consommation de viande de brousse, des problèmes de reproduction et de développement, des cancers, etc. La sécurité sanitaire alimentaire est donc un pré-requis pour la sécurité alimentaire en général. Et de nouvelles menaces voient le jour : des transformations dans la production alimentaire, dans la distribution et dans la consommation notamment. On peut penser à l'agriculture intensive, à la globalisation du marché alimentaire, à la street food, aux changements environnementaux, aux nouvelles bactéries et toxines, à la résistance des microbes.

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Autant de paramètres qui peuvent jouer sur la contamination d'une denrée. C'est pourquoi l'OMS aide et encourage les pays à la prévention, à la détection, et à la prise de mesures pour combattre ce problème.



BN : Quand on parle de sécurité sanitaire des aliments, de quel type de maladies, ou de quelles maladies parle-t-on ?

PG : Les aliments qui contiennent des bactéries, des virus, des parasites ou des substances chimiques peuvent causer plus de 200 maladies, parmi lesquelles les diarrhées, des méningites, des cancers, comme je l'ai dit précédemment. Au rayon des bactéries, la salmonelle ou encore l'E. Coli constituent les deux principaux dangers, mais on note aussi des infections comme la listeria qui conduisent à des avortements ou à des morts prématurées de nouveaux-nés, ou comme le vibrion cholérique. Dans ces cas là, les antibiotiques sont très importants, mais le problème, c'est que les bactéries deviennent plus résistantes au fur et à mesure, c'est une vraie menace.

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On trouve ensuite des virus, comme l'hépatite A, des parasites comme l'Echinococcus ou l'ascaris, des prions (protéines) par exemple à l'origine de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, et enfin certains agents chimiques, comme les toxines, les polluants ou encore certains métaux comme le plomb et le mercure.



BN : En dehors de cette journée mondiale de la santé, comment l'OMS agit au quotidien pour régler ces problèmes, notamment en Afrique, région la plus touchée ?



PG : L'OMS est l'autorité qui gère ces problèmes au sein des Nations Unies. Nous avons la responsabilité de fournir un leadership sur les questions sanitaires d'ordre mondial, de dessiner un agenda dans les recherches, de mettre au point des normes et des standards, de fournir un support technique aux pays ou encore d'articuler les politiques mises en place. Au XXIème siècle, la santé est une responsabilité commune. En #Afrique, les problèmes liés à la sécurité sanitaire alimentaire, qui impactent notamment la mortalité des mères et des nouveaux-nés, sont décuplés par la pauvreté, la crise économique mondiale, les épidémies ou encore les désastres naturels ou causés par l'homme. Des interventions pour réduire ce fardeau existent, mais la couverture des systèmes santé reste insuffisante. Il y a souvent un problème de leadership et de gouvernance dans ces pays dont les politiques varient souvent d'une nation à l'autre. Il faut aussi souligner le manque de personnel, de produits médicaux, de vaccins, de technologies et de prévention. On note également un faible taux de financement relatif à la santé par habitant. Sur ces terrains, le premier défi est de rendre la santé accessible à tous par l'éducation, l'eau potable, l'hygiène.



BN : Quel type de mesures préconisez-vous pour venir à bout de ces problèmes ?



PG : Atteindre un niveau élevé d'accès à la santé dans ces zones à risque constitue l'une des missions essentielles de l'OMS. Nous travaillons au quotidien à cette ambition, en fournissant une expertise médicale et sanitaire pour aider ces pays, notamment africains, à prévenir et contrôler les maladies. Il s'agit de bâtir la capacité des gouvernement à améliorer la santé des populations, à analyser et à transmettre à ces populations les informations basiques à observer pour résoudre certains problèmes de santé. Mais il est aussi essentiel que ces questions de santé soient abordées au coeur des communautés, que des investissements soient mis en place pour intégrer les notions de santé publique, de systèmes de santé. Idéalement, il faudrait que ces systèmes de santé tendent vers une couverture universelle et que les plus pauvres ne soient pas laissés sur le bord de la route. Pour cela, il faut développer de nouvelles approches au développement de la santé.