Selon l’hebdomadaire satirique du mercredi, se fondant sur une étude de l’agence du médicament, entre 2007 et 2014, plus de 10 000 femmes enceintes auraient pris de la Dépakine. Commercialisé par Sanofi, ce médicament (et d’autres de même type) entraîne des risques de malformations pour un dixième des enfants à naître, mais aussi, pour plus d’un sur trois (40 %) de retards intellectuels, de déficiences de la marche et d’autres fonctions, des troubles de la parole et de la mémoire, et de cas d’autisme.

En février 2016, l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) avait alerté sur la Dépakine, mais aussi divers médicaments génériques (Dépamide, Dépakote, Micropakine, et autres…) qui en sont dérivés et contiennent du valproate de sodium.

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Cette substance est prescrite aux femmes atteintes d’épilepsie ou souffrant de troubles bipolaires. La Dépakine est apparue sur le marché dès 1967.

Le Canard enchaîné a pris connaissance d’une étude conjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament et de la Cnam (Caisse nationale d’assurance maladie). D’autres cas, de femmes enceintes relevant d’autres régimes, pourraient s’ajouter à ceux déjà décomptés. Pour l’hebdomadaire, cette analyse, transmise au ministère de la Santé le mois dernier, aurait été « soigneusement cachée aux familles ». Ce n’est pas la première fois que le ministère diffère la divulgation d’informations relatives à des risques médicamenteux, ce depuis des lustres et décennies.

L'association d'aide aux familles alertée dès fin 2014

Mais en l’occurrence, le ministère a diffusé un communiqué annonçant qu’un premier volet de cette étude devait être présenté le 24 août prochain aux familles d’enfants souffrant d’un syndrome dit de « l’anticonvulsivant ».

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L’ensemble des travaux devrait être rendu plus largement publique début septembre.

Pour sa part, Sanofi a fait savoir que la note de l’Igas et l’étude en découlant ne lui avaient pas été transmises – ce qui semble pour le moins surprenant – et que le laboratoire n’était « pas en mesure de les commenter ». C’est d’autant plus insolite que l’Apesac (l’Association d’aide aux familles) s’était exprimée dès la fin 2014. Cette année avait vu plus de 90 000 femmes en âge de procréer se voir prescrire un médicament à base de valproate de sodium. Toutes ne sont pas tombées enceintes, mais, depuis 1967, selon l’association, près de 30 000 enfants seraient concernés en France.

Dès mai 2015, les praticiens avaient été alertés par l’Agence européenne du médicament et les diverses agences nationales (dont l’ANSM française). Ces médicaments et leurs dérivés génériques ne devaient plus être prescrits aux « filles, adolescentes, femmes en âge de procréer ». La prescription est devenue réservée aux seuls médecins spécialisés en neurologie, psychiatrie ou pédiatrie, lesquels devaient informer les patientes et leur faire signer un accord de soins.

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Toute pubère devait être informée d’observer le recours à un moyen efficace de contraception pendant toute la durée du traitement.

L’avertissement avait aussi été donné aux pharmaciens et divers documents ont été transmis aux professionnels de santé, « directement par les laboratoires pharmaceutiques », à partir de mi-juin 2015.

Le site du Vidal (la « bible » du médicament) avait aussi mis en ligne, dès le 27 mai 2015, les documents ministériels. Mais, dès le 11 décembre 2014, le site du Vidal divulguait clairement les avertissements des autorités de santé européennes. Le risque de troubles autistiques est multiplié par trois, et d’autisme par cinq, pour les enfants conçus par des femmes auxquelles ce médicament avait été administré.

Les cas de troubles autistiques ont connu mondialement une fulgurante croissance depuis 1975, passant d’un pour 5 000 à 1 pour 68 en 2012. Cela serait principalement dû à une meilleure détection. Mais il ne peut être exclu que certaines prescriptions aux femmes enceintes et parturientes aient influé dans cette progression. #enfant #grossesse #Santé