Selon le Professeur Baumelou, la problématique récurrente dans cette appétence irréfutable pour les dites "médecines complémentaires" est la suivante : le non aveu de l'activité médicale parallèle des patients auprès de leurs médecins référents. Un phénomène de dissimulation démonstratif d'une certaine culpabilité à l'égard du corps médical officiel, dont les conséquences peuvent être effectivement notables en termes d'interactions médicamenteuses, qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler une certaine toute puissance du médecin. Alain Baumelou insiste donc sur l'importance d'une meilleure considération institutionnelle de ces méthodes pour éviter ce genre de biais thérapeutiques, tout en promouvant un service de "#Médecine intégrative" au Centre Hospitalier Universitaire de la Pitié-Salpêtrière, qui consiste à évaluer l'efficacité de la médecine traditionnelle chinoise. Comment pourrait-il en être autrement puisque selon un sondage IFOP de 2007, 4 français sur 10 ont recours aux médecines alternatives 

Les raisons du succès des médecines complémentaires selon l'INSERM

Lorsque l'on s'intéresse de plus près aux raisons qui conduisent les patients à se tourner vers des pratiques alternatives, les réponses produites sont éloquentes et vont largement dans le sens d'un "manque de confiance en la médecine officielle", d'ailleurs récemment pointé par l'Académie Nationale de Médecine elle-même. S'appuyant sur un rapport du Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP), l'INSERM identifie des causes qui semblent légitimes. Ainsi, "prendre moins de médicaments et échapper aux inconvénients dont leurs effets sont parfois assortis, telle est la première raison invoquée par les français, échaudés par les scandales sanitaires liés à l'industrie pharmaceutique. D'évidence aussi, un nombre croissant de patients éprouvent le sentiment qu'un excès de technique déshumanise le soin. Par ailleurs, ils se sentent mieux entendus et mieux compris par les praticiens non conventionnels qui, en outre, ne limitent pas la durée moyenne d'une consultation à 12 minutes comme les médecins en général". Pour autant, précise encore ce rapport, "le rejet radical de la médecine allopathique reste minoritaire et la plupart des malades consultent leur médecin traitant avant de s'adresser à un thérapeute non conventionnel".

La médecine chinoise évaluée à la Pitié-Salpêtrière depuis 2010

Au regard de cet enthousiasme persistant pour ces options médicales différentes, la médecine institutionnelle ou "médecine des preuves", se devait d'étudier plus sérieusement la question, ne serait-ce que pour l'intérêt des patients qui de surcroît lui inflige une relative défiance. De ce fait, à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, le Centre Intégré de Médecine Chinoise contribue à la prévention et au traitement des maladies chroniques ou difficiles, par l'évaluation de techniques (acupuncture, massage, Qi Gong et pharmacopées naturelles) et leur mise en application thérapeutique. Ce début d'intégration renseigne par là même sur de nombreux constats de terrain qui viennent confirmer une certaine efficience. Néanmoins, les considérations institutionnelles sont quant à elles modestes voire embarrassées. L'Académie de Médecine leur accorde un certain crédit dans le paysage médical français, spécialement si leur intégration "est comprise non comme une reconnaissance et une valorisation, mais comme un moyen de préciser leurs effets, de clarifier leurs indications et d'établir de bonnes règles pour leur utilisation". C'est alors que la "médecine des preuves", qui d'une posture ethnocentrée qualifie ces pratiques de "complémentaires", affiche une tendance nette à leur évaluation, mais de par la méthodologie qui lui est propre. Reste à savoir si le dogme de l'efficacité prouvée, impliquant des effets bénéfiques mesurables, est à même d'appréhender au mieux un concept comme celui mystérieux de l'énergie. Que la Force soit avec eux. #Santé #Société