Gorbatchev avait tenté d’interdire la consommation d’alcool. En vain. C’était assez farce. J’allais chercher en douce de grands bordeaux ou des piquettes de Crimée à l’Intourist de Rostov (vendues sous le manteau au même prix) et arrivés au restaurant, nous transférions dans une carafe de ‘sok’ (et tel Jésus, nous transformions le vin en jus de fruits). Trouver de la ‘piva’ (bière) ? Pittoresque. Munis de grands sacs en plastique, rendez-vous sur un terrain vague. Attente de la carriole tirée par un âne et transvasement de la citerne dans les sacs… Il était moins problématique de trouver un excellent ‘#Samogon’, soit de la #Vodka-maison, garantie non trafiquée par des parents ou des proches. En revanche, des samogons frelatés et vraiment très nocifs pour la santé pullulaient. Il en est de même à présent sous Vladimir Poutine, du fait de la cherté de la vie, et les conséquences sont dramatiques.

Eau de vie ou de bain ?

Eau de mort plutôt. Déjà 72 Russes ont succombé ces jours derniers, sur au moins 117 hommes et femmes conduits inconscients dans les hôpitaux, rien qu’à Irkutsk. Mais le bilan sanitaire, et létal, pour l’ensemble de la Sibérie ou des Républiques russes, est impossible à dresser. Il y a deux types de consommation, les samogons frelatés, les produits genre eau de toilette alcoolisés. C’est l’un de ces derniers qui, à Irkutsk, a provoqué cette hécatombe. Ne cherchez pas ces informations sur Russia Today ou Sputnik News (ou alors, fouillez vraiment, j’ai fini par trouver), les chaînes internationales de ‘’réinformation’’ russes. L’huile de bain translucide était vendue 40 roubles (62 cts) dans les kiosques de la ville. Elle provenait d’une distillerie clandestine et les acheteurs pouvaient croire que l’étiquette de ce Boyaryshnik (Боярышник, Aubépine), une huile de bain présumée relaxante, n’était qu’un leurre dissimulant de la vodka plus ou moins arrangée. En fait, le liquide contient du méthanol, extrêmement nocif, au lieu de l’éthanol, très souvent employé, et à peine plus recommandable. D’autres produits, comme des détersifs, sont aussi consommés en Russie car la vodka du commerce est vendue environ 2,6 euros le demi-litre depuis février 2015. Une baisse de prix de 16% d’une année sur l’autre car #Vladimir Poutine, après avoir fait geler le prix de la vodka, avait décrété la baisse. Cela n’a pas empêché de voir la consommation de samogons grimper à environ 60 % du total ingéré, ou que les buveurs, estimés à 12 millions pour ces produits de substitution, se tournent vers des produits alcoolisés vraiment dangereux.

Mieux contrôler, réduire les prix

L’agence Interfax annonce donc que Vladimir Poutine va renforcer les contrôles sur les produits contenant de l’alcool et s’apprêterait à instaurer une nouvelle baisse des taxes sur les vodkas officiellement commercialisées. Les peines visant les contrefacteurs seront aussi durcies. Le Premier ministre Dimitri Medvedev s’est exprimé à la télévision sur le sujet. Outre ces produits détournés, il y a la contrefaçon : 30 morts à Krasnoyarsk voici un an des suites de l’ingestion de faux Jack Daniels. Le vrai problème, c’est que l’état de l’économie russe est problématique, du fait des sanctions occidentales, et de la priorité donnée au budget de la Défense. L’affaire a pris un tour diplomatique car des diplomates ukrainiens ont plaisanté sur Twitter et quelques ‘’plaisantins’’ ukrainiens ont salué la mémoire des ‘’héros russes’’ lors d’une veillée funèbre parodique. En fait, les pays voisins sont aussi touchés. Le record précédent de décès, rapporte MKRU, était détenu par l’Estonie : 68 morts à Pämu, 40 handicapés mentaux et autres fin 2001. Le méthanol entrait dans la composition d’une fausse vodka au citron. Il provenait d’une usine de biodiesel. 20 ml de méthanol suffisent à tuer. On en trouve dans des antigels, produits très répandus en Russie. En Sibérie, le bilan reste provisoire et devrait s'alourdir...