Une #Musique puissante, rythmes envoûtants, plus particulièrement "road to freedom". La ligne de guitare acoustique reflète une mélancolie sur un rythme où se pose la voix grave et souterraine de Daddy Maky. La mélodie fait penser aux chants des esclaves dans les plantations de coton ou au fond des cales des navires, on sent l'âme du peuple afro-caribéen. La voix de Daddy Maky charrie toutes ces souffrances et les apaise, tantôt soufflée, rauque, grave, cassée, tendre, douce. Elle s'élève et crée une dimension, où le temps, l'espace sont suspendus. Un sentiment semblable à ce que l'on ressent quand on fait face à la mer. Sentiment à l'image de cet artiste, talentueux, passionné, authentique, dont le parcours témoigne d'un engagement et d'une pugnacité remarquables.

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Entretien avec une figure incontournable de la scène reggae, Daddy Maky.



Qu'est-ce qui t'a conduit à faire de la musique et précisément du reggae?

J'ai toujours aimé le Reggae. J''ai grandi avec cette belle musique, séduit par le message de Bob Marley, Burning Spear, Gregory Isaacs, Lucky Dube, Alpha Blondy et aussi la génération suivante, avec entre- autres, des artistes comme Buju Banton, Luciano, Sizzla. Cette génération d'artistes m'a profondément influencé. Le reggae représente à mes yeux beaucoup plus qu'une musique. Le mouvement rastafarien symbolise l'un des derniers bastions de résistance du peuple noir. Nous, les reggaemen, prônons le retour à Zion, the homeland. L'Afrique, terre mère, nourricière, louée, sanctifiée, rêvée, désirée, il n y a pas de plus noble combat que de rétablir les faits historiques.

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Les faits sont là, comme le dit si bien, Cheikh Anta Diop dans Nations Nègres et Culture.

Tiken Jah Fakoly ou Alpha Blondy fédèrent autour d'eux un public nombreux, serait-il juste de dire que cette musique n'est pas vraiment assimilable à du reggae? Un sous genre du reggae?

Alpha Blondy fait du reggae, il demeure l'un des plus grands reggaeman au monde, mon idole.

Tu ne vois pas de différence entre le reggae jamaïcain, londonien et africain?

Si, il y a une différence forcément. Tout autant que le rock anglais diffère du rock américain ou australien.

Mais ça reste toujours du rock non?



Membre du groupe VIB, révélation musicale des années 2000, quel regard portes-tu sur ton parcours de ces années-là à aujourd'hui? Une carrière solo te convient-elle mieux qu'une formation de groupe? Qu'est-ce qui a empêché l'ascension du groupe VIB, concurrent à l'époque de Positive Black Soul ? Penses-tu qu'un jour ce groupe pourra se reformer?

C'est vrai que cela laisse un goût d'inachevé ...Je pense qu'on aurait pu apporter un plus à la culture urbaine de notre cher pays.

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Il n'y a pas eu cet appui nécessaire pour aller au- delà de nos espérances. Je ne pense pas que le groupe puisse se reformer, on a vécu 5 ans de passion et de bonheur. Il faut savoir tourner la page et passer à autre chose. Ce que chaque membre a fait. Pour ma part, une carrière solo me convient beaucoup plus. Je suis libre, j'ai le choix de faire de la musique, quand je veux, et, aussi, de me consacrer à mes films documentaires. J'ai une vraie démarche artistique au- delà de la musique, du cinéma, l'écriture, à laquelle je consacre une grande partie de mon temps. Comme on a coutume de dire: la solitude est un art.

Que penses-tu de la condition d'un artiste africain, en Afrique et en Occident? Est-il possible de vivre de sa musique? Les intermittents du spectacle se battent en France pour préserver leur statuts, est-ce que tu comprends leur combat?

Difficile, en effet, pour un artiste de vivre de sa musique. Nos gouvernants africains n'ont pas encore compris l'importance d'une vraie politique culturelle en ce XXIème siècle. Les artistes demeurent livrés à eux- mêmes. André Malraux disait, je crois, le XXIème siècle sera culturel ou ne sera pas!

L'exemple du Nigeria, dans ce domaine est un modèle à suivre. L'Afrique a un grand potentiel artistique, comme son sous-sol, ses ressources naturelles, bien que riches, sont encore sous-exploitées. Concernant les intermittents du spectacle, je comprends et je soutiens leur combat. Même en temps de crise, l'Art est plus que nécessaire. Favoriser la création et la diversité artistique me semble primordial!

Pourquoi t'exprimes-tu en anglais, plutôt qu'en français ou en wollof?

J'ai une relation quasi fusionnelle avec l'anglais. C'est une langue très musicale...Il y a de grands combattants du monde anglophone qui m'ont beaucoup marqué tels que Marcus Garvey, Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X, Angela Davis, Toni Morrison, Maya Angelou, Spike Lee, Denzel Washington...cela n'enlève rien à l'amour que j'ai pour ma langue maternelle, le Bambara et aussi le wolof.

Les artistes africains anglophones ont-ils trouvé leur public, dans les pays francophones, ou plutôt dans les pays anglophones?

Je ne pense pas que la langue soit une barrière...Il fut un temps où les Toure Kunda, Salif Keita et autres faisaient partie intégrante de la scène musicale française tout en chantant dans leur langue natale...Il me semble que ce temps est bien révolu. Malheureusement, aujourd'hui, Ayo, Asa, artistes anglophones, tiennent le haut de l'affiche en France.



Road to freedom, ton dernier album, exprime une maturité et une profondeur, empreintes de gravité et de douceur, quel message veux-tu faire passer à ton public?

Road to Freedom explore une expression musicale plus intimiste que les autres titres de l'album. Lorsque je préparais cet album, j'ai perdu ma mère alors que j'étais en Europe. Ce fut un passage très douloureux. J'ai fait un break pendant quatre ans. Un artiste se met à nu dans ses œuvres - c'est ce qui rend son travail unique, original et en même temps universel. Cet album coïncide avec une épreuve qui m'a transformé, et que nous sommes tous, hélas, voués à connaître. Moi, je l'ai exprimé via ma musique. La voix exprime toutes les émotions, c'est incontrôlable. Mon deuil personnel se perçoit dans ce titre. Je suis plus grave, plus mûr forcément. Le deuil fait voir la vie, le monde sous un autre jour. Cet album reflète mes émotions et mes convictions. Comme je le dis dans "road to freedom", il y aura un temps où l'Afrique triomphera de toutes les épreuves, qu'elle endure depuis la nuit des temps, économiques, sociales, climatiques, culturelles. Je gage, qu'un jour, elle sera en paix avec elle-même. Mon message, je citerai Théophile Obenga : "Aucun peuple du monde, qui vit aujourd'hui, n'ignore ou feint d'ignorer son passé, son histoire. Tout peuple du monde, qui vit aujourd'hui, vit avec sa mémoire culturelle. Il est nécessaire et utile de connaître son histoire, l'évolution culturelle de son peuple, dans le temps et dans l'espace, pour mieux saisir et comprendre le progrès incessant de l'humanité, y contribuer aussi, en toute lucidité et responsabilité. "