Né à Paris, issu d’un père haïtien et d’une mère franco-pakistanaise, l’humoriste et comédien #Kévin Razy se taille déjà un franc succès avec son sketch "Les attentats et Daesh".Peut-être fallait-il quelqu’un catalogué représentant de la "diversité" pour être l’un des premiers à faire rire avec ces drames horribles sans susciter de réactions négatives du grand public… C’est assez réussi. Razy a voulu s’emparer du thème au lendemain de l’attentat de Nice mais a été dissuadé de le monter trop tôt sur scène. Puis, il y a eu Munich, et Saint-Étienne-du-Rouvray. Conscient que ce ne serait jamais le bon moment avant… fort longtemps… il a fini par se lancer.

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"Pense à un humoriste syrien, pour lui, c’est tous les jours…". C’est certes "osé" mais aussi courageux. Dire "#Daesh, ce ne sont pas des musulmans, ce sont des psychopathes" vous vaut à la fois la hargne de celles et ceux qui tentent absolument de créer l’amalgame et surtout la vindicte des allumés de la secte millénariste voulant étendre son califat à la terre entière avant l’Apocalypse. Un peu tout le monde en prend pour son grade, en particulier celles et ceux qui se répandent sur les réseaux sociaux ou dans les médias en débutant par "je ne trouve pas les mots pour dire à quel point…". "Eh bien, ferme-la", leur réplique-t-il. L’attitude des journalistes tentant de tenir l’audience en haleine est personnalisée par la parodie d’une annonce d’attentat sur BFMTV. "Leur politique, c’est : on ne sait pas ce qu’il se passe, mais on va vous en parler…".

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Cette pique vaut aussi pour les politiques ou les prétendus experts attribuant tout attentat à Daesch avant même de pouvoir en être suffisamment informé.

 

Très largement diffusé

Il relève aussi que la moitié des jeunes qui se font attraper aux frontières avant de rejoindre le califat "sont issus de familles catholiques ou athées". C’est à peine exagéré et vaut surtout un prétexte à l’humoriste de pointer la difficulté de déceler des signes de radicalisation. "Tu as déjà parlé à Daesch sur Facebook ? Non ? Tu as déjà mangé un kébab ? Ah, ben, voilà…". Monté sur la scène de l’Appolo Théâtre, à Paris, peu avant l’attaque dans l’église proche de Rouen, le sketch a été remanié et diffusé d’abord sur Facebook, puis largement repris. Il aurait été vu à ce jour près de quatre millions de fois.

 

Au-delà du rire, la rage

Razy s’était déjà illustré avec un sketch sur Nadine Morano qu’il pourra encore étoffer après l’entretien donné récemment par cette dernière à Valeurs actuelles.

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Elle veut que la France, celle de "nos ancêtres les Gaulois", soit définie dans la Constitution en mentionnant ses très partielles "racines chrétiennes". Et si elle devenait présidente, elle prêterait serment sur quel évangile ? Elle chérit le temps où "les saints étaient quotidiennement annoncés à la télé". Et pourquoi pas des bulletins religieux aux matines, aux laudes, aux nones, aux vêpres et complies et autres heures canoniales ? Sur sa page Facebook, Razy a commenté : "j’en ai marre de faire ma vie en fonction des connards de chiens de ‘sa grand-mère le gratte-ciel’ (pour reprendre l’expression du Marseillais)". Cette référence courageuse à Mohamed Henni, qui a invectivé Daesh dans une vidéo, en prônant l’auto-défense, révèle davantage le sentiment d’exaspération de l’humoriste que son sketch lui-même, largement plus mesuré. Si on peut douter de l’efficacité de la contre-propagande des autorités, nul doute que l’#Humour fait mouche.

L'exercice est périlleux, et sur un tel sujet, même les caricaturistes, ceux de Charlie Hebdo ou Siné mensuel pour ne citer qu'eux, hésitent à aborder le sujet de manière crue. Dans son dernier édito, Riss, de Charlie, constate : "tout le monde s'inquiète pour sa sécurité". Mais constate aussi que le tout-sécuritaire ne peut suffire. Tourner la secte en dérision ne freinera peut-être pas le rythme des attentats, mais au moins, sur le moment, cela affranchit d'un climat que beaucoup veulent voir devenir anxiogène.