Sacré Gégé ! En tournée de promotion de son livre Innocent (éds Cherche Midi), traduit en italien, Gérard Depardieu s’est confié au Corriere della Sera. Il le dédicacera à Rome et fait dans le « mastodontesque », à l’image de sa corpulence, reprenant à son compte tous les clichés de Mr Sylvestre (Stallone), la marionnette des Guignols de l’info.

Un sous-Trump libertarien

Flattant les Italiens, qui n’auraient perdu ni leur culture ni leur identité du temps de Berlusconi – « contrairement à la moitié de l’Europe qui, avec la peur des migrants, est devenue un peu fasciste » –, il a loué les grands acteurs de la péninsule, Mastroianni, Tognazzi, Sordi, de la génération l’ayant précédé.

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Il a aussi évoqué Mandela, Fidel Castro, bien sûr Poutine, et… les cultures biologiques en Russie. Il dresse un parallèle entre l’extermination des Indiens d’Amérique, la destruction de Dresde par les Britanniques (relire Kurt Vonnegut Jr.), et la destruction de Palmyre par Daesh. Fortes paroles. Bref, le monde est complexe. Mais pour la France, c’est très, très simple. Devenu « citoyen du monde », il ne se sent plus proche de l’identité française : « La France risque d’être transformée en un Disneyland pour les étrangers, peuplé d’imbéciles qui font du vin et du fromage qui pue pour les touristes. La liberté n’est plus, les gens sont manipulés. Je ne suis pas arrogant, tous les Français le sont. ». Fermez le ban. Il a aussi évoqué l’indépendance de l’Algérie, et les 27 000 morts français qui auraient, selon lui, conduit à signer les accords d’Évian.

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C’est un peu court, vieil homme : c’est à peu près le nombre des décès militaires, mais il faut ajouter ceux de civils, portant le total à près de 39 000. Mais Depardiou s’exprime sans notes, et beaucoup sera pardonné aux simples d’esprit… que l’on veut croire sincères. N’empêche, cela évoque les approximations et exagérations d’un #Donald Trump, jamais en manque de formules choc simplistes. Au moins, contrairement au candidat américain, a-t-il pu établir une « rencontre humaine et spirituelle » avec Vladimir Poutine (alors que Trump cherche surtout à créer des golfs et des hôtels en Russie). Il aurait pu voter pour le président russe à Saransk (Mordovie), où il regrette de ne pas séjourner plus souvent.

Une bombe humaine ?

Pour le moment, #Gérard Depardieu démultiplie les éclats de voix et ses bombances ne feront sans doute qu’une victime : lui-même. Après avoir vibré lors d’un concert de la grande chanteuse Oum Kalthoum, il avait, deux ans durant, à partir de 1967, fréquenté la Grande Mosquée de Paris, s’astreignant aux cinq prières quotidiennes.

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Qu’on se rassure, même s’il a les moyens de s’offrir une ceinture explosive à la mesure de son tour de taille, il ne se fera pas sauter au cœur d’Hollywood, dont il déteste les orientations actuelles. Formidable interprète, au jeu faisant plus décoller ses rôles qu’il n’y colle, voici peu avec Catherine Deneuve, il ne gâche que le sien propre. À moins, à moins… que la jubilation qu’il éprouve à se déconsidérer, à se faire imprécateur, lui procure des satisfactions qui fassent passer au second plan son histoire, notre histoire. Car il sait pertinemment qu’il représente une part de nous-mêmes. Désolé, Gégé, cette gratification égotiste ne te grandit pas. Et ne nous rapetissera pas à nos propres yeux (nous n’avons guère besoin de toi pour nous en charger), ni en ceux de qui nous voient, sans tes prismes, par les leurs. La « piétaille », le « peuple d’imbéciles » qui affronte d’autres difficultés que les tiennes te saluent bien… Sans réelle rancune aucune : n’est haïssable que qui se délecte de la noirceur de son âme. Tu n’en es pas encore là. Ta bombe humaine t'appartient-elle encore ? Poses-toi la question. Sincèrement. Ah, dernier point, en aparté : j'ai fréquenté Valenton. Tu comprendras. « Qui veut ou... qui peut » chantait Boby Lapointe. Peux-tu encore ? #identité nationale