« Le grand chef du personnel l’a convoqué à midi (…) il ne rentre pas ce soir », chantait Eddy Mitchell. Pour Jean-Marc Morandini, à iTélé, cela signifie que Morandi Live, son émission, qui avait été enregistrée hors des locaux de la chaîne par une équipe de Canal+ ne sera pas diffusée ce lundi soir. En cause, les accusations ayant conduit à la mise en examen de l’animateur, et la grève à iTélé en découlant. Cette grève a été reconduite jusqu’à demain, mardi midi et la direction a annoncé « la suspension pour des raisons opérationnelles de Morandini Live qui reprendra dès l’arrêt de cette grève. Il en va de même pour le lancement du nouvel habillage de CNews qui est reporté ».

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La grève est entrée dans son huitième jour et elle pourrait être reconduite demain après une nouvelle assemblée générale. Lundi dernier, l’émission avait été diffusée deux fois, à son heure habituelle, puis au cours de la nuit, en guise de « bouche-trou » de la grille affectée par le mouvement. Les journalistes exigent aussi une charte déontologique garantissant l’indépendance éditoriale de la chaîne et la communication de la nouvelle grille de CNews. Elle devrait donc comporter, si les grévistes s’essoufflent, de nouveau Morandi Live. Les tensions ont monté d’un cran ces derniers jours du fait du déménagement de la chaîne pour laisser la place à la rédaction de Direct Matin, aussi détenu par Bolloré. Des affaires personnelles de certains journalistes ont été placés dans une benne à ordures… Le groupe Bolloré avait accordé une clause exceptionnelle de conscience ouvrant droit à indemnités aux journalistes s’opposant à la venue de Morandi.

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Certains, comme Olivier Ravenello, dont la décision a été saluée par des consœurs et confrères d’autres chaînes ou des animatrices telle Laurence Ferrari (iTélé). Mais même si les journalistes reprennent le travail, CNews, avec Morandini, risque une prolongation de la fuite des annonceurs. Vincent Bolloré subirait la sollicitude de certains de ses amis et relations le priant de renoncer à s’obstiner à employer Morandini, selon RTL et Le Parisien.

Le site de Morandini confirme

Sur son blogues-notes, #Jean-Marc Morandi diffuse un sobre communiqué issu des dépêches des agences de presse se terminant par « les journalistes demandent une charte éthique pour garantir leur indépendance (…) et davantage de moyens pour relancer la chaîne, lourdement déficitaire. ». La reconduite de la grève n’a été repoussée que par deux voix (et 17 abstentions) et surtout, les cadres commerciaux estiment que les pertes publicitaires plaident pour l’arrêt de Morandini Live. Dans l’émission Les Grandes Gueules (RMC-BFMTV), Antoine Genton, président de la société des journalistes d’iTélé-CNews, a estimé que « le malaise est plus profond ».

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Sur Puremédias, un autre journaliste a commenté le communiqué de la direction : « c’est un nouveau bras d’honneur déguisée. Cela veut dire clairement, dégagez ! ». Sur Scoopnest, Alexis Delcambre, du Monde, considère que « la direction d’iTélé ne lâche rien ». Alexandre Hervaud, de Libération admet « on n’y comprend toujours rien » : « Les Bolloré boys ont fait un geste (…) tout en promettant son retour à l’antenne. ». Sur Europe 1, #Benoît Hamon était interrogé sur le silence des élues ou parlementaires (pratiquement seule la ministre de la Culture s’est exprimée). Il a répondu en détachant les trois syllabes de Bolloré. Car « il est plus coûteux pour eux de se fâcher avec monsieur Bolloré à court et moyen terme ; en conséquence, ils préfèrent rester silencieux ». Par ailleurs, ce silence s’explique aussi par l’opinion qu’il n’y a pas de place pour quatre chaînes d’info et que le marché (publicitaire) tranchera… Or, la grève détourne les téléspectateurs, abreuvés de rediffusions. Par ailleurs, de nouveaux témoignages contre Morandini peuvent encore apparaître et ce ne sont pas les menaces de ses avocats contre la presse (InRocks et autres) qui risquent de tarir les rumeurs. #iTélé