C’est dans une comédie sans grande prétention – mais très bien menée, dirigée et interprétée –, Belle comme la femme d’un autre, de Christine Castel, que j’ai été bluffé par la présence scénique d’#Audrey Fleurot… J’avoue avoir pris mon billet d’entrée pour Zabou Breitman dont je suis secrètement (bon, ce n’est plus cas à présent) épris depuis son tout premier long métrage, Elle voit des nains partout. Ce qui rapproche les deux interprètes, ce sont des carrières au théâtre, pour les grands et petits écrans, dans une diversité de rôles et de genres (tragique, comique, contemporain, historique…). Ce qui les distingue c’est que #Zabou Breitman est une enfant de la balle (toute petite déjà, dans les Thierry la Fronde de son papa, du temps de la télévision en noir et blanc), aussi une talentueuse metteuse en scène de cinéma et théâtre, et que son premier grand rôle remonte à 1981.

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Ce n’est que vers 2000 que la plus jeune Audrey Fleurot a commencé à se faire connaître, et la différence d’âges n’explique pas tout… Son premier long métrage, Les Deux Mondes, de Daniel Cohen (2007), ne l’a pas vraiment lancée et ses scènes furent largement coupées dans Minuit à Paris, de Woody Allen (2001). En fait, le très grand public ne la connaît qu’à travers Un village français (depuis 2019 à nos jours, et l’évolution de son personnage est bouleversante). Mais les cinéphiles en feront sans doute une étoile à l’égal des plus grandes (des plus durables et moins filantes, espérerai-je).

Des rôles très contrastés

Dans Télérama, alors que France 3 diffusait La Vie en miettes, pour laquelle elle incarnait une muette amnésique, elle confiait ‘’j’ai conscience de renvoyer l’image d’une femme froide et autoritaire’’.

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Mais cette fille de Français très moyens (socialement), passée par l’école du cirque, n’est plus, depuis Engrenages, confinée dans ce genre de rôles. Elle a pris un tournant comique depuis environ 2013, et y excelle. ‘’Plus on travaille, plus on devient ‘efficace’’’, confirme-t-elle, et cela se voit, tant le travail que l’efficacité. Son atout, c’est sa progression dans le métier. Et puis absolument aussi, admettons-le, d’être belle, et même sculpturale, mais de pouvoir aussi présenter divers visages : celui de son naturel et l’incarnation d’une vraie diva (son ambition atteinte pour certains rôles, absolument pas son projet personnel ; elle ne se veut pas Garbo ou Dietrich à la ville ou en coulisses). Elle s’est imposée, aussi, depuis peu, dans la presse pipeule (mais sans rien concéder sur sa vie privée), qui se délecte que cette myope joue des scènes de nu sans lentilles de contact et refuse de se faire opérer pour rester oublieuse de la présence de la caméra, du perchman, &c. Elle se prête certes au jeu des petites phrases qui font parler de soi (lors de la soirée CQ, elle déclarait ‘’tout est plus facile, quand on est un homme’’) mais sans exagération.

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Un choix orienté, mais mérité

Pour décerner ses trophées, la rédaction de #GQ, après avoir désigné trois candidats ou candidates, s’en remet à son lectorat (masculin majoritaire à l’achat, mais aussi féminin de par sa circulation). Les finalistes femmes étaient Audrey Fleurot, Charline Vanhoenacker et Mélanie Laurent. Soit une fort sympathique humoriste radio-télévisuelle mais qui n’a tourné qu’un seul Solange et les Vivants (d’Ina Mihalache), et un réel espoir confirmé du cinéma français depuis 1998, et une réalisatrice qui s’affirme (un policier tourné au Texas, avec Ben Foster et Elle Fanning, Galveston, qui sortira l’an prochain). Admettons-le, le jeu était un peu inégal, mais la distinction amplement méritée. Les dauphines conservent d’ailleurs toutes leurs chances pour un prochain ou plus lointain tour. On ne peut reprocher à Audrey Fleurot que d’avoir tiré toute la couverture à elle par sa seule présence, éclipsant celle des autres lauréats (Louis Garrel, les Bouroullec, Patrick Cohen, Antoine Leiris, Fary, les Cassius, Pierre Gagnaire, Gérard Butler, &c., pardonnez cet "etc.").