S'il est considéré comme une « icône » dans le monde des mathématiques puisqu'il a reçu la médaille Fields en 1956, je rappelle que la dite médaille est l'équivalent du prix Nobel pour les mathématiques, en Ariège c'était un anonyme parmi d'autres.

Fuyant les honneurs, il avait choisi de vivre au sein de cette nature qu'il aimait et qui calmait ses angoisses d'écorché vif.

Sa vie n'a pas été un long fleuve tranquille !

Il est né en 1928 à Berlin d'une mère journaliste et d'un père juif russe. Ses parents, anarchistes, alors qu'ils sont issus de la bourgeoisie, partent en 1934 s'engager aux côtés des républicains espagnols, confiant le jeune Alexandre à un pasteur.

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Oui en 1939, la famille s'installe dans le sud de la France ; le régime de Vichy les considérera comme « étrangers indésirables ». Sacha, le père d'Alexandre se retrouvera au camp du Vernet en Ariège puis à Drancy et enfin à Auschwitz d'où il ne reviendra pas. Sa mère est envoyée au camp de Rieucros près de Mende où le jeune Alexandre passera son bac ;c'est là qu'il découvrira les mathématiques.

En 1944, il entre à l'université de Montpellier où il travaille avec Jean Dieudonné et Laurent Schwartz qui découvrent avec bonheur le talent de leur élève. Après Paris où il bénéficie d'une bourse, il fréquentera à Nancy le groupe Bourbaki, ce qui se fait de mieux en France au niveau des mathématiques, il les surprendra par sa capacité à résoudre des équations impossibles.

Ses sautes d'humeur surprennent son entourage, sont-ce les traumatismes de son enfance qui le perturbent ?

Apatride, il peine à trouver un poste.

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C'est alors que le riche Léon Motchane, fasciné par Alexandre, créera pour lui l'Institut des Hautes Etudes Scientifiques. Alexandre s'entoure alors des meilleurs mathématiciens de son époque et travaille seize heures par jour. Il publiera des milliers de pages sur la géométrie algébrique et décrochera en 1966 la médaille Fields qu'il n'ira pas chercher à Moscou pour des raisons politiques.

En mai 1968, il réalise qu'il existe un fossé entre le mandarin qu'il est aux yeux de ses étudiants et lui qui voulait manifester à leurs côtés.

Il fondera alors le groupe « Survivre et Vivre » pour une écologie combative. Ses postes au Collège de France et au CNRS lui serviront de tribunes mais la communauté scientifique ne le suivra pas.

Un jour de 1991, il quittera tout au volant de sa vieille 4L. Il se retirera à Lasserre près de Saint-Girons en Ariège, loin de tout, vivant en recul. Il apparaît alors comme un personnage étrange et décalé se posant sans cesse la question : « Pourquoi le mal existe-t-il ? ».

C'est un géant qui s'en est allé. Certains mathématiciens sont encore en train d'essayer de comprendre ce qu'il racontait.

BN #Sciences #Société