Si les Etats-Unis sont secoués par d'importantes émeutes ces dernières semaines suite à la mort de deux jeunes noirs abattus par des policiers blancs, la France, elle aussi, a son actualité jalonnée par les polémiques autour du racisme. Et c'est une personne qui la symbolise plus particulièrement ces derniers jours : il s'agit d'Eric Zemmour, chroniqueur-auteur-penseur aux idées radicales. Celui-ci vient d'ailleurs d'être viré de la chaîne i-Télé pour propos racistes envers les musulmans, propos qu'il aurait tenu au journal italien Corriere della Serra. La polémique que ce licenciement a entraîné ces dernières heures met en lumière un fait indéniable : sur la question du racisme en France, le camp de la liberté d'expression et le camp du politiquement correct sont plus que jamais opposés.

La déclaration de trop?

"Eric Zemmour veut déporter de France 5 millions de musulmans". Voilà ce que titrait un texte écrit par Jean-Luc Mélenchon, après avoir lu une interview du chroniqueur de "Ca se dispute" dans le Corriere della Serra. Le principal intéressé a de suite crié à la manipulation en stipulant que cela n'avait jamais été ses propos et que les médias ainsi que les hommes politiques n'hésitaient pas à interpréter ses paroles. En vérité, Zemmour n'aurait fait qu'analyser la situation actuelle de la France, et aurait donc déclaré que cette déportation (mot utilisé par le journaliste et non par lui) est quelque chose d'inévitable dans le futur, selon lui. 

Il a beau avoir brandi l'excuse de la manipulation, avoir proposé de refaire une interview avec le journaliste italien pour la diffuser sur i-Télé, rien n'y a fait : une véritable marée humaine s'est soulevée pour demander le renvoi immédiat du chroniqueur. Tous s'y sont mis : SOS Racisme bien entendu, d'autres associations pour l'égalité et la tolérance, la Société des journalistes de i-Télé (et ceux de RTL, qui ont de suite annoncé qu'ils se désolidarisaient de leur collègue), ainsi que diverses personnalités comme Josiane Balasko, Yvan Attal et bien d'autres. Mais un autre camp s'est formé, et si ses membres n'approuvent pas forcément la pensée de "Zemmour" (hormis bien évidemment les membres du FN), ceux-ci prônent le respect de la liberté d'expression avant tout, un droit que supportait jusqu'ici Céline Pigalle, la directrice de la rédaction d'i-Télé. Sur Twitter, le hashtag spécial #TouchePasAZemmour et une pétition du même nom ont même été créés. 

Un choix qui devrait pas en être un

Il est indéniable qu'aujourd'hui, le problème va bien au-delà des pro et anti-Zemmour. Il s'agit désormais d'un débat opposant la liberté d'expression et le respect d'autrui. Ces deux concepts sont-ils donc incompatibles, tant pour les politiciens, les chroniqueurs et les artistes, à l'instar de Dieudonné? Celui-ci avait également subi les foudres - et à juste titre - de la presse et des personnalités françaises pour ses propos antisémites tenus lors de ses spectacles, et en avait été sanctionné. Le cas Zemmour est encore légèrement différent : ici, la polémique a démarré d'une supposition de propos racistes, déduits par un homme politique opposé aux idées que véhicule d'ordinaire Zemmour. Le racisme serait-il donc devenu, en plus de gangrener la société au plus profond, un étendard politique brandi par la gauche face à la pancarte "liberté d'expression" brandie par la droite? Ne faudrait-il pas s'occuper d'abord du racisme que subissent quotidiennement des milliers de personnes dans la rue, avant de débattre éternellement sur des propos et des idées, même si ils sont partagées, d'un seul homme? #Télévision