Première partie

Le 27 Novembre dernier, le directeur du théâtre Gérard-Philippe est forcé d'annuler la représentation. Brigade Anti-Negrophobie, Collectif AUSAR, Collectif Quartiers Libres, Parti des Indigènes de la République, Action Antifasciste Paris-Banlieue et Aube Champagne-Ardenne, tous montent au créneau, sous les insultes et les bombes lacrymogène des CRS. Une scène qui ne restera pas un cas isolé, l'exposition devant se tenir au Théâtre du Cent Quatre, les manifestants décident de protester du 7 au 12 décembre afin d'exprimer leur dégoût face à Exhibit B et son auteur, mais également face à cette République qui prétend ne pas les entendre. Ces manifestations vont entraîner la déprogrammation des dates du 13 et 14 décembre, soit les deux dernières dates prévues pour l'exposition.

Des questions qui resteront sans doute sans réponses 

Effectivement l'art est subjectif, mais créer un zoo humain, est-ce vraiment de l'art ? Cela ne représenterait-il pas une atteinte à la dignité? L'artiste outrepasse-t-il ses droits ? Si le peuple défendu se sent offensé par la représentation, ne serait-il pas plus sage de trouver un autre moyen? Beaucoup de personnes défendant le projet ainsi que Brett Bailey en personne, ont affirmé que les contestations sont dues au fait qu'il soit blanc. Ces personnes ne se trompent pas totalement : voir un homme blanc mettre en scène des noirs en cage peut réveiller certaines blessures, des souvenirs douloureux; rappelons que la dernière exposition coloniale a eu lieu en Belgique en 1958 (il y a seulement 56 ans). Cette démarche peut offenser surtout quand on sait que l'artiste vient du régime de l'apartheid (ses réelles motivations peuvent être questionnées) et qu'il a refusé de multiples occasions de pouvoir débattre avec les manifestants, en envoyant des représentants à sa place. Oui, l'homme à lunette, barbe taillé, verre de champagne à la main regardait du haut du Centre Culturel la foule exprimer sa colère, sans sourciller. Autre point surprenant, les personnes ressemblant de près ou de loin à des noirs avaient un accès restreint au théâtre (voir interdit). Une exposition sur les noirs, avec un public exclusivement blanc prête sincèrement à confusion, dans un quartier populaire, multiethnique. Mais il y a aussi ces acteurs, noirs, payés 150 euros la journée, qui ont accepté de paraître dans ce zoo humain, qui vivent au quotidien les même aléas de la vie que leurs compatriotes et qui ne comprennent pas le comportement réfractaire des leurs. Ils le disent d'ailleurs eux-mêmes, lors d'une interview accordée au journal l'Humanité. Selon eux, le devoir de mémoire doit se faire à travers cette œuvre. "Pour pardonner mais surtout ne jamais, jamais oublier", explique Jean-Philippe Mpeng-Backot, comédien pour Exhibit B. Y aurait-il au final un dialogue de sourd, les deux parties ne se battraient-elles pas pour les mêmes causes?

Dans les manuels scolaires, les chapitres sur l'esclavage et la colonisation sont à peine effleurés. De plus, les dédommagements pour les descendants d'esclaves à ce jour n'ont jamais été accordés. Les chances de voir des œuvres d'artistes noirs être présentées dans des lieux tels que le Centre Culturel du 104 restent très minimes. Comment peut-on avancer dans un pays où l'acte raciste le plus visible est autorisé sous n'importe quel prétexte? Pourquoi ne pas avoir fait une exposition sur ces héros noirs qui certes ne marquent pas les manuels scolaires français, mais qui ont indéniablement marqué l'Histoire? Ce besoin, peut être inconscient, de représenter l'Homme noir de façon miséreuse et dans ce cas précis, asservis, au nom de l'Art est-il la mutation d'un racisme enraciné depuis des siècles? Chacun est libre de se faire sa propre opinion, mais cet épisode Exhibit B a montré une France clairement positionnée sur la question du racisme envers les noirs, la négrophobie.

La première partie de cet article est à (re)lire ici.