Après s'être heurté aux protestations et pétitions londoniennes, c'est en Île-de-France que l'artiste sud-africain Brett Bailey a décidé de tenter "l'expérience Exhibit B". D'abord au Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis, puis au Cent Quatre dans le XIXème arrondissement de Paris, l'exposition renoue avec une page très sombre de l'époque coloniale française. Des noirs exposés à la manière d'un zoo humain. Le spectacle de Brett Bailey a provoqué l'indignation et réouvert le débat sur le racisme en France, tout particulièrement envers la communauté noire.

"Une oeuvre pour choquer le spectateur blanc"

"Exhibit B est une installation-performance en douze tableaux vivants qui dénonce des actes commis, d'une part, en Afrique, pendant la période coloniale, et, d'autre part, aujourd'hui, en Europe, envers certains immigrés africains." C'est l'explication que l'on peut trouver sur le site internet du Cent Quatre. Une œuvre antiraciste qui reconnaîtrait d'une certaine façon, les humiliations subies par le peuple noir au temps des colonies. Pour Brett Bailey pas d'ambiguïté, l'objectif est d'informer afin de prendre conscience de ce passé dont la France a si honte. L'artiste de 47 ans, lui, l'a connue cette ségrégation, ayant grandi en Afrique du Sud où l'apartheid a perduré pendant 43 ans. Pourtant, il n'a jamais vraiment été engagé dans ce régime raciste, d'ailleurs il l'atteste lui-même lors d'une interview pour RFI: "Chez moi, il y avait une femme de ménage noire, mais je n'avais pas idée du sort de la population noire, ni de l'ampleur du combat contre l'apartheid...", affirme-t-il dans le journal anglais The Guardian, que l'exposition sert à dénoncer le racisme en Europe et le meilleur moyen pour lui d'y remédier est à travers l'art. On y trouve douze tableaux représentant des scènes de l'époque coloniale et postcoloniale, le public visé est blanc selon l'artiste (les noirs peuvent être également spectateurs). Ce projet bénéficie de nombreux soutiens de personnalités politiques françaises comme la ministre de la Culture Fleur Pellerin ou encore la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui, face aux demandes d'annulation de ce spectacle ont tout simplement réaffirmé l'importance de la liberté artistique en maintenant l'exposition. L'ancien footballeur Lilian Thuram, très impliqué dans les causes antiracistes, trouve également la démarche intéressante car d'après lui elle invite à se questionner sur soi et sur la société actuelle. Son seul regret est que les tirailleurs sénégalais ne soient pas dans l'exposition. Seulement voilà, Exhibit B ne convainc pas l'ensemble de la population et encore moins la communauté noire, qualifiant cette exposition de "racisme déguisé".

"Si l'enfer est pavé de bonnes intentions, il semblerait que le racisme le soit aussi" 

L'exposition devait se tenir au Centre Barbican à Londres, plus de 20 000 signatures ont été récoltées contre Exhibit B, annulant ainsi la diffusion de cette dernière. En France, c'est l'auteure-compositeur BAMS qui est à l'origine de la pétition demandant la déprogrammation de l'exposition, cette pétition récoltera également 20 000 signatures. Invitée sur le plateau de Ce soir ou jamais, BAMS est la seule noire et de surcroît contre l'œuvre d'art de Brett Bailey, sur le plateau de Frédéric Taddei composé de six invités blancs, remettant en cause la totalité des arguments de la chanteuse. Lors de cette émission, BAMS soulèvera des points très importants, tels que : l'absence de l'oppresseur dans Exhibit B, mais aussi la représentation de ces corps noirs de façon avilissante. Par ailleurs, on est forcé de noter cet air paternaliste émanant des invités, qui est devenu presque naturel lorsqu'une personne noire s'exprime à la télévision sur les formes de racisme en France. Les "contre Exhibit B" se font entendre de plus en plus fort surtout grâce aux réseaux sociaux, les médias télévisés ne leurs accordant aucune importance.

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