Depuis quelques temps, un retour en arrière s'est effectué et là où la peine de mort était en sommeil, le Prince Abdallah II de Jordanie vient de la tirer de sa léthargie. Depuis huit ans déjà, aucun acte de la sorte n'avait été appliqué, et puis voilà que de nouveau, onze pendaisons viennent d'être accomplies. Quel est le vecteur de ce grand changement qui fait basculer la Jordanie au même rang que toutes les nations qui excellent dans cette application pénale extrême?

Par sa décision appliquée, la Jordanie vient de perdre son image de rare voix progressiste sur la peine de mort exercée au Moyen Orient. Pourquoi ce revirement?

Cette exécution capitale visant la mise à mort de onze individus correspondrait à la volonté populaire s'insurgeant devant une recrudescence des crimes de sang dont l'origine serait la mansuétude des tribunaux et des juges.  C'est dans les murs d'une prison d'Etat à 70 kilomètres au sud d'Amman que s'est concrétisée la sentence de mise à mort, mettant ainsi un terme à l'attente de ces condamnés qui depuis 2005 ou 2006 avaient leur vie en suspend.

Ce qui est terrible dans ces applications différées, c'est justement l'attente! Tout peut basculer du jour au lendemain! Selon les sources officielles, quelques 122 personnes condamnées ont été exécutées par pendaison, dont des femmes, et ce, depuis le moratoire établit en 2006.

Quelles réponses apporter à cette remise au goût du jour d'un acte aussi terrible qu'est l'application de la peine capitale par pendaison? Le Roi Abdallah II veut reprendre ainsi les rennes du pouvoir au travers de cette décision ultime afin de restaurer et affermir son trône, le pouvoir totalitaire dans son autorité retrouvée. Cette démarche est contraire à son engagement, confié à des journalistes en 2005, de vouloir dépoussiérer le Code Pénal de la Jordanie afin que celle-ci soit et demeure le premier pays du Moyen Orient sans peine de mort appliquée.

La peine de mort au Moyen Orient!

Il n'est pas aisé de déterminer le nombre des condamnations à mort dont la peine a été appliquée officiellement, mais il faut savoir qu'au travers des chiffres annoncés par Amnesty International, seuls sont pris en compte les chiffres officiels. Le Moyen Orient représente à lui seul, selon les chiffres découlant de sources fiables, plus de 900 condamnations depuis 2009.

Le Yémen, l'Arabie Saoudite, l'Egype, l'Irak et l'Iran, les Emirats arabes.... telles est la triste liste des applicateurs de la peine capitale. Mais il existe encore 58 Etats pratiquants.

Que faut-il en penser? Je ne saurais le dire de façon impartiale, et idem je ne saurais dire s'il est encore normal d'envisager tel châtiment. Mais peut-être qu'il faudrait poser la question aux victimes tombées sous les coups de la violence parfois arbitraire, ou plus encore à ces familles endeuillées?

Nous savons que certaines de ces pratiques servent à amplifier le pouvoir étatique, lorsque les condamnés sont des victimes de pouvoir nationaux, et c'est ces pratiques qu'il faut dénoncer. Mais en ce qui concerne les crimes de sang, les viols, les rapts d'enfants, les violences terroristes, comment réagir? Existe-t-il une manière civilisée d'appliquer une sentence? C'est dans ces instants qu'il n'est pas bon de devoir agir en son âme et conscience.

Le débat existera toujours, et ce malgré le temps qui passe : pour ou contre la peine de mort?