BLASTING NEWS. Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux violences policières sur les migrants à Calais ?

Izza Leghtas. Ce n'était pas prévu comme ça à la base. Mais depuis quelques mois, je lis certaines choses sur ce qu'il se passe à Calais. En posant des questions à certains migrants, le thème des violences policières revenait régulièrement. J'ai trouvé ça très préoccupant. J'ai voulu en savoir plus.

BN. Qu'avez-vous constaté sur place?

Izza Leghtas. Les conditions de vie sont très difficiles. Entre la pluie et le froid… De très jeunes enfants en souffrent. Certains doivent marcher 9 kilomètres pour prendre une douche. La situation est tendue pour tout le monde. Les associations ne sont pas préparées pour gérer ça. Dans ce contexte, il me semble essentiel que les forces de l'ordre restent dans la légalité.

BN. C'est-à-dire ?

Izza Leghtas. Des gens reviennent au camp avec des blessures. Certains reçoivent des coups de pied, des coups de poing, des gazages excessifs. Il y a des abus évidents. Les policiers ne doivent utiliser la force que quand c'est justifié. Quand ce n'est pas le cas, ils doivent être tenus pour responsables de leurs actes. De tels actes ne devraient pas exister en France.

BN. Que répondez-vous au Ministère de l'Intérieur qui estime que vos informations ne sont pas vérifiées ?

Izza Leghtas. Ce n'est pas une réponse appropriée. J'ai déjà rencontré le conseiller de Bernard Cazeneuve. Quand ils disent qu'ils n'ont pas eu connaissance de ces abus, c'est faux… Les témoignages sont solides et se recoupent. Et on ne peut pas dire que, parce qu'il n'y a pas de plainte il n'y a pas de problème! Ces personnes se retrouvent dans des conditions très précaires après avoir vécu des expériences extrêmes. Ils ont peur.

BN. Quelle témoignage vous a le plus touché ?

Izza Leghtas. Celle de ce jeune homme érythréen (ndlr : Salamou) qui a une blessure au nez. Il s'est fait frappé par la police alors qu'il ne faisait que marcher dans la rue. Quand il était par terre, les policiers auraient pointé une lampe sur son visage puis se sont mis à rire. Il venait de quitter sa famille… #Immigration