Depuis les événements dramatiques de Charlie Hebdo, une nouvelle mode est apparue. Pour un oui ou pour un non, on ne parle plus que de liberté d'expression. Pour toutes sortes de sujets, du plus insignifiant au plus controversé. Et le phénomène ne se limite pas qu'à la France, c'est aussi le cas en #Belgique. Avec cette nouvelle polémique, sportive cette fois, venue tout droit de Liège.

Elle a éclaté ce weekend, à l'occasion du classico Standard - Anderlecht (comparable en termes de tensions à un PSG - Marseille par exemple) pendant lequel un énorme tifo a été dévoilé par les Ultras du Standard. Ce tifo met en scène un homme masqué, armé d'un sabre dans la main droite et tenant la tête d'un joueur anderlechtois dans la main gauche. Le tout accompagné d'une inscription « Red or Dead ». Une banderole interpellante et choquante qui a bien sûr fait la Une de nombreux journaux belges (et mêmes étrangers) ce lundi. Tout en s'emparant des réseaux sociaux ce weekend.

Pour l'explication, ce tifo met en scène le tueur du film Vendredi 13 qui tient dans sa main la tête de Steven Defour. Ce dernier, actuellement joueur du Sporting d'Anderlecht, est considéré comme un traître (en restant très poli) pour la grande majorité des supporters liégeois. Car avant de revenir jouer en Belgique, en étant passé par la case Porto, Steven Defour n'était autre que le capitaine et enfant prodige du Standard. Le slogan « Red or Dead » (« Rouge ou mort ») fait lui référence à la principale couleur du Standard, le rouge.

Les réactions ont fusé de toutes parts !

Condamné immédiatement par l'Union belge de #Football : "Tifo dégoutant avant Standard - Anderlecht, devant les yeux de milliers d'enfants. Espérons que ça ne se reproduira plus jamais !", cet événement a depuis pris une grande ampleur. Incitation à la violence, voire carrément au meutre pour les uns. Honteux ou ignoble pour les autres. Une grande partie des réactions ont en tout cas abondé en ce sens. Du vice premier ministre belge Didier Reynders : « Tifo sur Steven Defour : Inacceptable d'être bête, méchant et irresponsable au début d'un match de football ! » aux simples quidams : « Le tifo sur Defour, j'ai caché les yeux du gamin... »… Bref, tout le monde y a été de son petit commentaire.

Mais dans le camp des défenseurs on riposte ardemment, en invoquant largement l'affaire Charlie Hebdo. « Moi je le trouve très réussi ce dessin et ça ne reste qu'un dessin», «Charlie Hebdo a tous les droits ? Et parfois les caricatures ? Alors il faut arrêter PARDON ».

Pour eux, le tifo n'était qu'un symbole. Une manière de faire comprendre à leur ancienne idole qu'il ne représentait plus rien pour eux. Et qu'au fond ce dessin n'est justement qu'un dessin. Ils comprennent bien évidemment le caractère choquant mais réfutent toutes les autres accusations (incitation à la violence, au meurtre, etc…). Et par-dessus tout, ils invoquent la liberté d'expression.

Mais comment donner raison à l'une ou l'autre partie ? Chaque camp possède ses propres arguments et sans prendre parti, ils se tiennent des deux côtés. L'Union belge de football a néanmoins décidé d'ouvrir une enquête et de plancher sur l'épineux sujet. Mais leur décision s'annonce compliquée et le cas pourrait faire en quelque sorte jurisprudence dans le milieu du football.

La presse se déchaine de manière unanime

Par contre, ce qui est sûr, c'est que la presse (dans sa majorité) a déjà choisi son camp. Elle a en effet crié au scandale. Condamnant unanimement la banderole et insistant d'une manière peu habituelle pour de tels faits…

Une réaction qui peut paraitre très hypocrite au vu de la façon générale qu'ont les journalistes de traiter les matchs de football (et je m'inclus dans « les journalistes »). On entend souvent parler de tacle assassin, d'attentat sur un joueur, d'équipe décimée par les blessures, de guerriers prêts à mourir sur le terrain et j'en passe pour décrire de simples faits de matchs. Je ne vois donc pas en quoi ce tifo incite plus à la violence que ce phrasé plus adapté aux situations de guerre qu'à un match de football.

De plus, ce tifo est une sorte de traditions entre deux des plus grands clubs belges. L'année passée, on n'avait d'ailleurs pas échappé à la règle. Et la banderole n'en était pas moins sanglante. Elle faisait pour le coup référence au film Scarface. On y voyait Tony Montana tirer à la mitrailleuse et du sang mauve (couleur d'Anderlecht) éclabousser le tifo, avec comme inscription : « Dites bonjour à votre pire ennemi ». Un tifo qui avait tout au plus fait parler de lui dans le monde sportif, sans plus. Aucune poursuite n'avait même été entamée à l'encontre des Ultras Inferno du Standard (les mêmes donc) qui avaient déployé la banderole.

Dès lors, au-delà de déterminer qui a tort ou a raison dans ce malheureux événement, une question demeure... Un tel tapage médiatique était-il vraiment nécessaire ? Ou tout simplement la liberté d'expression est-elle subitement devenue à la mode, donc vendeuse ? Parce que si c'est le cas, on pourrait par exemple édicter une loi « Charlie » sur le principe de la loi Godwin : plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant la liberté d'expression et Charlie Hebdo s'approche de 1. »…