Le président Hollande appelle à "l'unité nationale" et déjà des signes annonciateurs ...

A la suite de la tuerie de #Charlie Hebdo et de celle du l'hyper casher, #François Hollande a appelé la population à participer à une marche républicaine qui aura réuni plus d'un million de personnes sur Paris. En tête de cortège l'équipe Charlie Hebdo et aux côtés du président français pas moins de 44 représentants diplomatiques parmi lesquels Benyamin Netanyahou premier ministre israélien, Sergueï Lavrov chef de la diplomatie russe, Ahmet Davutoglu premier ministre turc, le roi Abdallah II de Jordanie ...

Pourtant dans ce cortège un acteur important de la liberté de la presse, et pas des moindres, se faisait porter pâle. En effet, Reporters sans frontières, organisation dont la vocation est de défendre la liberté d'expression dans la presse et les médias, ainsi que d'en dénoncer la répression, était tout simplement absente et pour cause. Cette organisation n'a tout simplement pas souhaité être associée à des diplomates dont il n'était pas certain que tous soient réellement disposés à cautionner ladite liberté d'expression dans leur propre pays.

L'absence de Reporters sans frontière, bien plus que de la clairvoyance

Dès le lendemain de la parution du nouveau numéro de Charlie hebdo, au titre de "Tout est pardonné" représentant Mahomet pleurant, des voix s'élèvent à l'international. En Turquie, une décision judiciaire interdit sa parution. La publication sera également interdite en Egypte, en Tunisie, au Maroc et au Sénégal, où petit à petit on voit naitre des manifestations « anti-Charlie Hebdo ».

Un seul journal turc a osé braver les interdits puisque malgré les ordres émanant du sommet de l'Etat, le journal Cumhuriyet a publié quatre pages du journal Charlie Hebdo, s'exposant ainsi à des poursuites judiciaires. Depuis, les principaux journaux satiriques turcs ont publié un numéro dont la couverture présente le texte "Nous sommes tous Charlie" en blanc sur bandeau noir.

Malgré une image d'apparence lisse et unie, en France aussi des voix dissonantes se sont faites entendre

L'Église déplore la couverture du nouveau numéro du journal, le pape François ayant déclaré que "la liberté d'expression est un droit fondamental" même s'il ne doit pas autoriser "d'insulter la foi".

Bien plus tranché que le positionnement du pape qui compte tenu de sa position au sein de l'Eglise, se devait de défendre le respect des croyances et de la sensibilité religieuse de chacun, des voix bien moins mesurées se sont faites entendre.

Sur le territoire national aussi on note des dissensions. Sur les réseaux sociaux des vidéos prises dans le métro parisien montrent des personnes brandissant le drapeau de l'état islamique ou faisant l'apologie des frères Kouachi. Ces vidéos circulent alors même que Marine Le Pen déclare "la France doit être en guerre à partir de maintenant contre le fondamentalisme islamiste", des mots extrêmes qui sèment le trouble dans un contexte déjà tendu.

Quand le combat se poursuit par médias interposés : De la liberté d'expression à la propagande!

Alors que les débats vont bon train quant au constat à tirer des attentats et à l'éclairage à apporter à ces évènements consécutifs, une vidéo dans laquelle l'ancien bras droit de Ben Laden, revendique les attentats au nom d'Al Quaïda au Yemen, a été authentifiée par les Etats-Unis. Ceci valide donc les propos des frères Kouachi, alors que pour la prise d'otage de l'hyper cacher, Amedy Coulibaly se revendiquait de l'Etat islamique. A ce jour, l'enquête est encore en cours afin faire la lumière sur ces affaires et les soutiens potentiels dont les terroristes auraient bénéficié.

Dans le même temps, les Anonymous, un groupement de hackers activistes, envoie une vidéo à l'instar des groupements islamistes fondamentalistes et lancent une cyber-attaque, l'opération #OPCharlieHebdo. Cette action vise à bloquer et pirater des sites internet et des comptes tweeter en lien avec le mouvement djihadiste. Au même moment des hackers islamistes ont piraté des sites institutionnels, en y faisant paraitre des messages prosélytistes. Cette cyber-guerre tend à provoquer une immense pagaille, empêchant les autorités de mener à bien leurs enquêtes en leur faisant perdre des liens importants.

Le gouvernement a pris des mesures d'urgence afin d'empêcher des propos propagandistes de se propager sur la toile et réfléchi actuellement à une façon de juguler l'hémorragie des départs à destination la Syrie, lieu où sont enrôlés et préparés des hommes et des femmes au djihad. Des condamnations sont déjà tombées pour apologie du terrorisme, d'autres affaires sont en cours d'instruction comme la médiatique affaire Dieudonné. L'humoriste est passible d'une peine de prison pour avoir déclaré "je suis Charlie Coulibaly". Cette affaire a mis en exergue une profonde fracture dans cette belle union affichée au lendemain de la tuerie. Une interrogation s'élève sur ce qu'est véritablement la liberté d'expression.

Il semble donc que même si tout le monde ou presque s'accorde à revendiquer ce droit fondamental qu'est la liberté d'expression, celle-ci n'ait pas la même signification, ni la même portée pour tous. Ce sujet sur-médiatisé compte tenu des événements dramatiques, est devenu une polémique qui n'en finit pas de faire couler de l'encre. Le seul aspect sur lequel tout le monde s'accorde, serait ce souhait légitime que ce droit ne soit plus un prétexte à faire couler du sang. Espérons que ce souhait général et que l'appel commun à la paix et au respect mutuel soit entendu par tous. Dans tous les cas une question reste ouverte quant à l'efficacité des dispositifs mis en place afin d'en garantir la réussite et de confiner le phénomène d'extrémisation de certaines populations sans doute en quête d'un absolu, qui ne peut se solder que par des pertes inutiles et absurdes.