Après les attentats contre #Charlie Hebdo, plusieurs gouvernements européens ont promis de renforcer les dispositifs de surveillance de la population pour éviter que de nouveaux actes terroristes soient perpétrés. Mais le spectre de définitions autour du mot terroriste est bien large. Et ces mesures ne font que l'élargir.

En Belgique, le premier ministre Charles Michel veut renforcer le dispositif de lutte contre le terrorisme. La mesure principale qu'il souhaite adopter concerne les écoutes téléphoniques et l'observation des conversations en ligne. Il est donc question des mots employés pouvant définir l'individu comme éventuel terroriste et des mots employés par ce dernier.

Jusqu'ici, ce statut s'appliquait à celui qui planifie, soutien, finance ou exécute un attentat. Si les termes de financement et d'exécution d'un attentat ne laissent aucun doute sur le sujet, les mots planifications et soutiens semblent plus flous.

Un adolescent au caractère frondeur qui laisse un message provocateur sur Twitter soutient-il réellement les attentats ? L'internaute qui regarde le mode de fabrication d'une bombe - pour n'importe quelle raison - est-il en train de planifier un attentat ? Celui qui s'informe sur les méthodes de surveillance du gouvernement cherche-t-il réellement à déjouer la surveillance de ce dernier ?

La liberté d'expression brimée au nom de sa propre défense

Au nom de la défense de la liberté d'expression, des mesures sont soudainement prises qui lui donnent un sacré coup dans l'aile. Officiellement, il est question de laisser tout le monde dire ce qu'il veut. Mais si ces mesures instaurent un climat paranoïaque, qui osera encore parler librement sans craindre d'être taxé d'ennemi public ?

Koen Geens, le ministre de la Justice en Belgique, a fait savoir, par l'intermédiaire de son porte-parole que « le but est d'ajouter les infractions actuelles en rapport avec le terrorisme à la liste des infractions pour lesquelles des écoutes téléphoniques sont possibles".

Le premier ministre britannique David Cameron juge les services de messagerie en ligne comme WhatsApp ou iMessage potentiellement dangereux. Le cryptage qui protège les conversations entraverait le travail des services de renseignement, ces derniers ne pouvant avoir accès à l'ensemble des données.

Le chef du gouvernement français Manuel Valls a affirmé : « Je ne veux plus que, sur Internet, on puisse avoir ces mots effrayants de haine ». Sous-entendu : Internet doit être régulé, contrôlé voire réprimé.

S'attaquer aux racines du problème plutôt que de gérer les conséquences

Il est tout à fait légitime de la part des gouvernements de vouloir éviter que de nouvelles horreurs se produisent mais ces mesures ne feront jamais qu'étouffer un problème latent. Un problème dont les causes sont structurelles : quartiers défavorisés, perte de repères, frustration liée à la précarité… Les mots de la haine ne sont que l'émanation de ces conditions de vie difficiles. Ce sont elles qu'il faut chercher à améliorer. Sans cela, l'état ne fera que surenchérir sur les processus de contrôle.

En 2014 déjà, le sociologue Giorgio Amaben écrivait dans Le Monde Diplomatique : « la législation aujourd'hui en vigueur dans les pays européens en matière de sécurité est sous certains aspects sensiblement plus sévère que celle des Etats fascistes du XXe siècle. »

Et le fascisme n'est jamais très loin du terrorisme…