Dessinateur chez #Charlie Hebdo depuis 20 ans et survivant de l'attentat perpétré la semaine dernière à l'encontre de la rédaction, Luz prononçait ses mots à l'heure de se rassembler avec des millions de Français dans les rues de Paris. "On fait porter sur nos épaules une charge symbolique qui n'existe pas dans nos dessins et qui nous dépasse un peu", confiait-il dans une interview aux Inrocks. Dans cette même entrevue, il minimisait même l'importance des dessins, qui ont été érigés en symbole de la liberté d'expression par les médias. "Les médias ont fait une montagne de nos dessins alors qu'au regard du monde, on est un putain de fanzine, un petit fanzine de lycéen." Seulement, aujourd'hui, ce petit fanzine est devenu un symbole de la liberté d'expression. Créateur involontaire du slogan, Joachim Roncin s'offusquait déjà de sa récupération. En dénote les cinquantes demandes de dépôt de marques "Je Suis Charlie" qui sont arrivés sur le bureau de l'INPI, qui faisait savoir via un communiqué que ce slogan ne deviendra jamais une marque commerciale, "du fait de sa large utilisation par la collectivité".

Seulement, s'il n'y aura pas de récupération commerciale, la récupération médiatique du slogan "Je Suis Charlie" a fait mouche et a rassemblé des millions de citoyens mais n'a pas forcément réveillé les mêmes émotions de part et d'autres. La présence de nombreux chefs d'Etat pas forcément réputés pour être des garants de la liberté d'expression, faisait forcément rejaillir l'ironie de la situation. De même qu'il y a sûrement des milliers de personnes qui sont venus manifester alors qu'il ne sont pas forcément des lecteurs assidus du canard. Qu'importe, la liberté d'expression est aujourd'hui l'étendard portée fièrement par les enfants de Marianne alors que, comme le dit le dessinateur Luz : "Ce fanzine est devenu un symbole national et international mais ce sont des gens qui ont été assasssinés, pas la liberté d'expression ! Des gens qui faisaient des petits dessins dans leur coin. Charlie Hebdo, c'était seulement ça, aujourd'hui c'est bien plus, et ce bien malgré eux...