On les a vus. Ces visages presque poupons aux manifestations de soutien à Charlie Hebdo. Pas sûr qu'ils connaissaient l'existence du journal ni même son contenu avant les attentats. Pourtant, ils étaient présents. Et en nombre. Pour défendre la liberté d'expression, dénoncer les amalgames, plaider pour le vivre-ensemble... Une réaction spontanée et citoyenne à l'horreur de la situation, à l'infamie des événements. En 2002, pour d'autres raisons, les lycéens étaient également descendus en nombre dans la rue. C'était suite aux résultats des élections présidentielles qui avaient vu Jean-Marie Le Pen, leader du #Front National, accéder à la surprise générale au second tour. Aujourd'hui militante autonome au sein du collectif Solidarité Rrom Lille et contributrice au Journal alternatif La Brique, Marie se souvient de cet événement essentiel pour sa construction en tant que citoyenne et militante. « A l'époque, je suivais l'actualité de loin sans vraiment m'y intéresser, comme beaucoup de jeunes de 15 ans. L'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour a été un électro-choc. Ma génération a grandi avec le rejet des idées frontistes, notamment au travers de groupes engagés comme Zebda, Iam, Tryo ou les Béruriers Noirs qu'on écoutait beaucoup. Le voir aux portes de l'Elysée m'a fait prendre conscience qu'il fallait faire quelque chose. Il y a eu de nombreuses manifestations d'organisées auxquelles j'ai pris part. »

Une résonance avec les événements actuels et les actions menées par des jeunes lycéens également. On peut y sentir la même révolte, le même besoin de donner de la voix.

« Se retrouver dans les manifs avait quelque chose de grisant », se rappelle Marie. « Voir que l'on était nombreux à lutter pour les mêmes idéaux donnait des frissons. J'y ai discuté, argumenté et rencontré des gens que je n'aurais jamais croisés autrement. Ca a été le terreaux de ma pensée citoyenne et politique. Je pense que les jeunes qui manifestent en faveur de l'unité de la liberté ou de la tolérance sont en train de vivre la même chose. On a souvent besoin d'un électro-choc pour réagir et se montrer. Les attentats de Charlie Hebdo a été celui de la nouvelle génération. C'est un mal pour un bien. »