Ils s'appellent Armando, Marius et Fernando. Ils ont entre 5 et 8 ans et, chaque jours, ils doivent s'enfoncer dans la forêt pour rentrer « chez eux ». À Champs-sur-Marne, ville de Seine-et-Marne de plus de 24 000 habitants, les camps de Roms font partie du paysage. Sources de conflit avec la population, l'équipe municipale et les forces de l'ordre, ces bidonvilles accueillent des dizaines de familles démunies. Pour y accéder, il faut traverser un sol boueux et marcher quelques mètres dans les bois. Plusieurs femmes scrutent notre arrivée. Au loin, l'une d'entre elle se met à cuisiner dans une petite marmite. C'est alors qu'Anka, 26 ans, vient à notre rencontre. Elle n'a pas pu accompagner ses enfants à l'école de toute la semaine. Les conditions sont difficiles et elle le fait savoir. « C'est très dur avec le froid, regrette la jeune maman de 26 ans qui prépare du poulet pour les siens. Les enfants ne devraient pas vivre comme ça. Ça fait un an que nous vivons ainsi, dans cette cabane. » La cabane en bois en question a été construite en quelques heures par Marcel. Le quadragénaire a l'habitude d'utiliser ses mains pour improviser des habitations. « Les policiers viennent régulièrement nous déloger, nous explique-t-il. Ça fait un moment qu'ils nous laissent tranquilles. Mais nous savons que du jour au lendemain, tout cela peut être détruit. À côté, ils les ont déjà délogé de force. »

Des descentes, Daniel en a vécu plus d'une. Il ne comprend pas un tel acharnement envers les Roms. C'est en agitant des mains qu'il se souvient de certaines soirées froides et tendues… « Ils viennent en général dans la nuit, conte ce Roumain d'origine. Ils frappent dans les cabanes. Les enfants sont apeurés et ne savent pas ce que c'est. Ils crient 'Police! Partez!' C'es traumatisant. »

Comme certains de ses compagnons, Daniel cherche à travailler. Il a déjà réalisé quelques missions dans le bâtiment et cherche activement. « C'est mieux que d'aller demander de l'argent dans le RER, résume-t-il dans un français correct. Ici, nous sommes peu à travailler. Mais c'est important pour donner à manger à nos enfants. Voilà pourquoi j'espère trouver quelque chose même si c'est au noir. » Ces enfants sont d'ailleurs scolarisés dans la ville. Pas tous dans la même école. C'est souvent Hubert Marot qui vient les chercher et les emmener. Photographe et bénévole chez RomEurope, ce retraité multiplie les actions pour protéger les Roms et empêcher les expulsions forcées. « C'est important qu'ils soient soutenus, estime-t-il. Je pense surtout aux enfants. Imaginez un peu vos enfants devoir emprunter ces chemins boueux pour aller à l'école. Ces cabanes, c'est tout ce qu'ils ont pour s'abriter. Il faut les aider. C'est un souci d'humanité. » Très respecté dans les camps, il a même été jusqu'à les accompagner en Roumanie l'été dernier. Des vacances qui ont permis d'oublier quelque peu la triste réalité française. En décembre dernier, une centaine de Roms installés dans deux camps a été évacuée par les policiers. « Curieux travail d'intégration et curieux souci d'humanité, méprisant la trêve hivernale. Réduisant à néant, dans le même temps la scolarisation d'un certain nombre d'enfants, les prises en charges médicales et les perspectives d'emplois », avait dénoncé RomEurope. Pour Hubert Marot et ses collègues bénévoles, c'est un travail de tous les instants.

Comme à Champs-sur-Marne, ce sont 20 000 Roms qui sont installés en France. On ne le sait peut-être pas mais ces populations sont parmi les premières concernées par le mal-logement en France. Le rapport de la Fondation Abbé-Pierre est d'ailleurs très précis à ce sujet puisqu'il fustige la situation de ces bidonvilles.