Une clinique de Cannes a été reconnue responsable de l'échange de deux bébés en 1994. Les deux familles privées de leur enfant biologique pendant vingt ans ont été dédommagées. Elles réclamaient 12 millions d'euros. Hors, ce mardi 10 février, le tribunal de grande instance de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, leur a accordé 1,88 million d'euros en réparation des préjudices. Le tribunal a condamné la Société hospitalière d'assurances mutuelle et la Clinique Internationale de Cannes « en réparation des préjudices consécutifs au manquement à cette obligation de résultat », selon une source du dossier. Elles devront verser 300.000 euros aux trois parents, 400.000 euros par enfant échangé et 60.000 pour les frères et sœur, précise Nice Matin.

Souffrantes, elles sont placées dans la même couveuse

Le 4 juillet 1994 naît Manon. Atteinte d'une jaunisse, la fillette est placée en couveuse, le 8 juillet, où se trouve déjà une autre nouveau-née, elle aussi souffrante de la même maladie. C'est dans la nuit du 8 juillet que l'irréparable se produit. Sans bracelet permettant de les reconnaître, les bébés ont été intervertis et confiés à leur fausse famille. A l'origine de cet grossière erreur : une auxiliaire puéricultrice dont les problèmes d'alcool seront révélés bien plus tard.

La mère de Manon, Sophie Serrano, affirme aujourd'hui avoir remarqué que le bébé qu'on lui avait ramené avait plus de cheveux qu'à la naissance. A cette remarque, le personnel lui a répondu que c'était les effets secondaires des lampes UV. « Je n'avais que 18 ans, comment ne pas faire confiance au personnel médical ? », confie-t-elle.

De même que Sophie Serrano, l'autre mère avait elle aussi noté le manque de cheveux de son bébé. Là aussi, l'exposition sous les lampes a été mise en cause.

Dix années dans le doute

Pendant dix années, les couples ont vécu et élevé une fille qui n'étaient pas la leur. Le compagnon de Sophie Serrano la soupçonne d'infidélité et le couple se sépare. Toutefois, en 2004, des tests ADN confirment les doutes de Sophie Serrano. Manon n'est pas sa fille mais celle d'un autre couple. Des recherches sont effectuées afin de retrouver la famille biologique. Elle est d'origine réunionnaise et vit dans la région de Grasse. Elle rencontre la petite Manon mais ne demande pas à échanger les fillettes. « C'est un moment assez troublant, très bizarre, avait confié en décembre Manon, âgée de 20 ans, à la sortie de l'audience en décembre. On se retrouve devant une femme qui est biologiquement sa mère et qui est une inconnue. » #Justice #Enfance