Vous ne pouvez pas passer à côté. Alors que E.L. James a écoulé plus de 100 millions de #Livres dans le monde, le film « Cinquante nuances de Grey », qui sort ce mercredi dans les salles obscures, promet d'être un carton. Rien que la bande-annonce a été vue par 47 millions de visiteurs sur YouTube, ce qui en fait la plus visionnée de l'année 2014. Plus de 100 000 pré-ventes sont d'ores et déjà bouclées en France. Autant dire qu'avec la sortie du long-métrage de Sam Taylor-Wood, le business est en marche. Et il prouve à quel point la sexualité à l'écran ou dans les livres est un marché en plein essor.

Pour celles et ceux qui n'ont jamais entendu parler de cette histoire, « Cinquante nuances de Grey » raconte l'histoire d'Anastasia Steele (Dakota Johnson), une jeune étudiante en littérature, qui s'éprend d'un mystérieux et riche trentenaire : Christian Grey (Jamie Dornan). L'homme parfait révèle une part d'ombre assez prononcée puisqu'il affectionne les plaisirs sadiques. Une histoire d'amour pour le moins originale va alors naître.

Le public féminin, cible privilégiée

Et pour embellir un peu plus le succès, rien ne vaut quelques censures par-ci, par-là. Aux États-Unis, le film est interdit aux moins de 17 ans, au Royaume-Uni aux moins de 18 ans. En Malaisie, il a été jugé pornographique et ne sortira pas en salle. Quand à la France, la commission de classification des films du Centre National du #Cinéma l'a interdit aux moins de 12 ans. « La commission était partagée, mais une majorité s'est prononcée pour le moins de 12 ans, explique François Mary, président de la CNC. Ce n'est pas un film qui, à mon avis, peut choquer beaucoup de monde. C'est plus le sujet lui-même, ce rapport sadomasochiste au sein de ce couple. »

La grande majorité du public visé est clairement féminin. Et le film, comme le livre, n'a pas manqué sa cible. Le sexologue Pascal de Sutter confirme d'ailleurs que « Cinquante nuances de Grey est intéressant car il traite d'une relation de type sadomasochiste où la femme est dominée. Le livre n'est pas un succès par hasard, car il rencontre l'univers fantasmatique féminin, souvent fait d'une forme de soumission au plaisir sexuel de l'homme. » Caroline, 25 ans, fait partie de la cible. Elle a adoré le livre et compte bien aller voir le film. « Je me suis très vite identifiée au personnage d'Anastasia, explique l'auxiliaire de puériculture. Peut-être que ça vient chercher dans nos fantasmes les plus profonds. En tout cas, ça marche. » Pour Marine, 27 ans et infirmière, le film risque d'être raté. « On risque de ne pas trouver le point de vue féminin qui aime l'autorité, pense-t-elle. Le livre est étrange, malsain. Il y a une vraie psychologie derrière. Sur l'écran, on va montrer que le sexe. L'imaginaire de chacun ne peut pas être mis dans un film. »

« Tendance de dire qu'on est libre et SM »

Pour la réalisatrice réunionnaise Aurélia Mengin, dont les films oscillent entre érotisme, noirceur et violence, le style du film est un « fond de commerce comme ont pu l'être les films sur le terroir ou la campagne ». « Je n'ai pas vu le film mais j'ai l'impression que c'est galvaudé, emballé comme un produit à vendre, estime-t-elle. Vu qu'on a exploré tous les sujets autour de la sexualité, il faut quelque chose de nouveau. Aujourd'hui, c'est tendance de dire qu'on est libre et SM! Mais ce n'est que du vernis. On met juste à l'image un fantasme répandu. »

La sexualité sur les écrans est de plus en plus visible et pas qu'au cinéma. Les séries utilisent de plus en plus d'images équivoques. « Game of Thrones », « Spartacus » ou « Black Sails », pour ne citer qu'elles, aiment mêler sexe et violence dans leurs épisodes. La télé-réalité va de plus en plus loin. En atteste, cette émission sur D8 « Adam recherche Ève » où des candidats sont mis à nus dans le sens littéral du terme.

« Cinquante nuances de Grey », qui contiendra vingt minutes de sexe pendant les deux heures de film, s'ajoute à la surenchère d'une mode lancinante depuis quelques années. À tel point que même les LEGO s'y mettent dans une vidéo Youtube...