Autrefois prônée par une poignée d'hippies, le débat sur la légalisation du #Cannabis fait désormais rage à l'Assemblée Nationale et fait de plus en plus parler de lui, au point que plusieurs associations et groupes de travaux ont vu le jour pour se pencher sur la délicate question. La constatation de l'échec total de la répression et de la prohibition de la marijuana n'est plus à être discutée : la France et le Danemark sont les pays européens où l'usage de cette drogue douce est le plus répandu. En 2012, près de 3,9 millions de Français en fumaient occasionnellement, 1,2 millions en avaient une consommation régulière. Chez les jeunes, le constat est effrayant : 20% d'entre eux auraient déjà fumé un joint.

Pourtant, la répression en France est également la plus sévère : la consommation de cannabis est un délit pénal, passible d'un an de prison et d'une lourde amende. Mais elle coûte aussi énormément à la société : 500 millions d'euros sont utilisés chaque année pour financer les forces de police en intervention et la justice qui doit traiter les dossiers de ces consommateurs et dealers.

Face à cette politique totalement inefficace, ne devrait-on pas prendre le contre-pied et autoriser le cannabis, comme cela a déjà été fait au Colorado, aux Etats-Unis ? C'est en tout cas ce que pense le groupe de réflexion Terra Nova, qui a présenté en décembre dernier un rapport affligeant sur la consommation du cannabis en France, et des solutions pour le légaliser. Ils imaginent ainsi trois pistes :

- Une dépénalisation : cela entraînerait certainement une augmentation de la consommation dans un premier temps, mais permettrait de réduire les frais liés aux poursuites et à la justice, une économie estimée à plus de 300 millions d'euros.

- Une légalisation dans un cadre concurrentiel : la consommation augmenterait mais génèrerait des recettes fiscales à hauteur d'1,4 milliard d'euros, un scénario déjà adopté par l'Uruguay en décembre dernier.

- Une législation de la vente par un monopole public : aux mains de l'Etat, et avec une baisse des prix pour contrer le marché noir suivie du hausse des prix pour contrer l'augmentation de la consommation, 2,2 milliards d'euros seraient dégagés pour l'Etat, et quelques 13.000 emplois créés pour vendre le produit.

Si ces solutions semblent porteuses d'une amélioration de la situation, il ne faudra pas, selon Terra Nova, oublier de « mieux accompagner et contrôler la consommation de cannabis, en sortant ce marché de la clandestinité - permettant ainsi une maîtrise du nombre de consommateurs par les prix. Et déployer une véritable stratégie sanitaire pour prévenir les comportements à risques tout en accompagnant les populations les plus exposées », en particulier les jeunes « qui sont aujourd'hui les véritables victimes de l'absence de régularisation du marché du cannabis ».

Le débat sur la table

À l'heure actuelle, c'est le scénario numéro deux, c'est-à-dire une légalisation dans un cadre concurrentiel, qui serait la plus profitable. N'augmentant pas significativement la consommation et permettant de réguler le volume du produit mis en vente, tant la santé publique que l'économie y trouveraient leurs comptes. C'est une conclusion à laquelle en est venue la sénatrice Esther Benbassa, qui a défendu cette logique devant l'Assemblée ce mercredi. Sans se faire d'illusion quant à la réception de cette proposition, la sénatrice aura tout de même réussi à faire réfléchir l'élite politique qui a trop souvent tendance à crier au scandale lorsque les mots « drogue » et « légalisation » sont prononcés dans la même phrase. Plusieurs élus locaux, notamment ceux s'occupant de zones sensibles où le traffic illégal de cannabis gangrène la société, se sont dits favorables à une dépénalisation dans un premier temps, une légalisation contrôlée dans un deuxième temps. Serait-ce enfin un petit pas en avant vers la fin de cette politique de répression totalement inefficace, voire absurde pour notre société actuelle ? On aime à le penser. #Finances