A chaque nouvelle atteinte à la République, comme ce fut le cas lors de la vague d'attentats qui a bousculé la France, les regards se tournent vers les fractures qui entachent le vivre ensemble de la nation. Car c'est bien une certitude, le modèle d'intégration français ne pourra atteindre ses objectifs s'il ne répond efficacement au désenclavement de ses territoires et aux enjeux de mixité sociale. A ce propos, l'intervention de Manuel Valls, désignant un « apartheid » territorial, avait été des plus tranchantes. Le président de la république, pour sa 5ème allocution à la presse à mi-mandat, a préféré rappeler la « concentration des populations et des pauvres dans les mêmes lieux, des inégalités massives, un chômage trop élevé et des discriminations insupportables ».

Des annonces et du concret?

Mais si à de nombreuses reprises ces difficultés ont donné lieu à des positionnements médiatiques plutôt convaincants, les actes et les dispositifs concrets ont davantage frappé par leur manque d'efficacité. La réalité édifiante des émeutes des banlieues, qui secouait la France il y a dix ans, rappelait déjà les échecs cuisants des politiques de la ville. Et les violences urbaines de l'automne 2005 avaient provoquées des réactions politiques du même genre, visant à améliorer les mesures en place, pour un bilan aujourd'hui clairement insuffisant.

Le peuplement, l'accompagnement et le développement des territoires constituent les trois objectifs phares avancés le 5 février par #François Hollande, desquels répondra un comité ministériel au mois de mars. Une volonté qui contraste surtout avec le budget alloué à la politique de la ville, encore en baisse en 2015, et qui représente seulement 0,12 % du budget national (457 millions d'euros). La loi Borloo de 2003, reconnue pour ses ambitions de mixité sociale, a du revoir son objectif principal de réhabilitation des logements sociaux à la baisse : « près de 50% des communes ne respectent pas l'objectif assigné. (…) Les maires préfèrent payer une amende que d'accueillir des pauvres. D'autres ont détourné la loi en construisant du logement intermédiaire et en choisissant leurs bénéficiaires » rappelle Sylvia Zappi dans Le Monde, le 7 février. L'agence nationale de rénovation urbaine (Anru), qu'a mentionné le chef de l'état ce jeudi, a vu elle aussi ses moyens diminués alors que les écarts ont augmenté. Selon un rapport de l'Onzus en 2013, « les taux de chômage et de pauvreté étaient en moyenne de 2 à 3 fois supérieurs en ZUS (zones urbaines sensibles) par rapport au reste de la France », relate Alternatives Economiques.

Les mécanismes d'intégration à bout de souffle

Dans ce contexte, les institutions françaises montrent des dysfonctionnements inquiétants et exercent de moins en moins leurs rôles d'instances de socialisation. L'école s'est vite retrouvée en première ligne des débats. Les zones d'éducation prioritaires (ZEP), crées il y a bientôt 20 ans pour lutter contre l'échec scolaire et les inégalités sociales dans les quartiers difficiles, n'ont pas réduit des déséquilibres pesants entre les territoires. La famille ne garantie plus le filet de sécurité nécessaire à compenser la perte de repère des individus. L'état providence réduit progressivement un interventionnisme jugé néfaste aux activités économiques. Le travail, considéré comme activité centrale dans le processus d'intégration sociale, a désormais créé deux sentiments d'appartenances entre les « insiders » et les « outsiders », ces derniers se sentant écartés du marché de l'emploi.

Le « nouveau contrat civique, le service universel pour les jeunes, le renforcement de la démocratie participative » sur lesquels a insisté le chef de l'état vont indéniablement dans le bon sens. Mais il s'agit de traduire rapidement ces bonnes paroles et de les intégrer à une dynamique globale de cohésion sociale. Que dire aussi du tissu associatif qui regorge d'initiatives intégratrices et ne demande qu'à être accompagné davantage dans les quartiers sensibles? De la surpopulation carcérale et du manque avéré de moyens dans les prisons, favorisant le développement des radicalisations? Du faible développement des dispositifs de participation pour impliquer les habitants aux décisions publiques ?

« Notre responsabilité, la mienne, celle du gouvernement, c'est l'égalité entre les territoires », a martelé encore le président Hollande dans sa conférence de presse. En espérant, cette fois, des avancées à la mesure de ces ambitions. #Education